S’il ne fait aucun doute que la Collégiale Saint-Pierre a traversé les siècles, ses murs racontent bien plus qu’une simple histoire architecturale. Ils portent en eux les traces visibles des bouleversements religieux, politiques et spirituels qui ont marqué durablement la Provence et le royaume de France.

Pendant des siècles, la commune comptait pas moins de vingt-deux édifices religieux. Églises et chapelles abritaient alors de nombreuses œuvres peintes, pensées comme de véritables supports pédagogiques. À une époque où l’image prime sur l’écrit, ces tableaux servaient à enseigner, convaincre et affermir la foi des fidèles.
Des œuvres religieuses comme témoins des fractures de l’Histoire
En 1657, un événement administratif vient bouleverser cet équilibre : par décret de Louis XIV, les communes de Six-Fours et de La Seyne-sur-Mer sont séparées. Les finances locales s’effondrent et les commandes artistiques se raréfient.
La Révolution française accentue encore cette rupture. De nombreux édifices religieux disparaissent ou sont désaffectés. À chaque fermeture, les œuvres sont récupérées et transférées vers la Collégiale, qui devient peu à peu un lieu de rassemblement de l’art sacré local, concentrant des siècles de croyances et de tensions.

Un chef-d’œuvre au cœur de la Collégiale
Parmi ces œuvres, l’une s’impose comme un repère majeur : le polyptyque sur bois dit La Vierge Marie, réalisé par Louis Bréa. Classé monument historique en 1898, ce tableau connaît un parcours exceptionnel, exposé à l’Exposition universelle de Paris en 1928, puis présenté au Louvre dans les années 1940, avant de retrouver sa place à Six-Fours.
Quand l’art sacré révèle les tensions entre catholiques et protestants
Ces œuvres ne sont pas de simples objets décoratifs. Leur composition, leurs symboles et leurs choix iconographiques reflètent les préoccupations spirituelles et politiques de leur temps. Antoine Peretti, docteur en ethno-histoire, a consacré plusieurs années à leur étude :
« La manière dont les personnages sont représentés nous renseigne sur l’état d’esprit d’une époque. Certains détails permettent de dater une œuvre, d’autres posent encore aujourd’hui de véritables questions. »
Ces interrogations prennent tout leur sens lorsqu’on les replace dans le contexte de la Réforme protestante, qui se diffuse en France à partir des années 1520-1530. En réaction, l’Église catholique réaffirme ses dogmes lors du Concile de Trente. De 1562 à 1598, les guerres de religion déchirent le pays, laissant des traces profondes, y compris dans l’art.
Une fresque énigmatique, héritage des conflits de foi :

Lors de travaux de rénovation, une découverte majeure vient renforcer cette lecture historique. Sous le crépi, une fresque ancienne réapparaît. Aujourd’hui encore, elle accueille le visiteur dès l’entrée de la Collégiale. Au plafond, deux figures dominent la scène : Jésus-Christ, portant sa croix comme un trophée, et Moïse, tenant non pas les tables de la Loi, mais la Torah.
Une représentation extrêmement rare, qui intrigue toujours les historiens. L’hypothèse la plus communément admise y voit un écho direct aux tensions religieuses de l’époque. Dans un contexte de conflits entre catholiques et protestants, la population juive locale aurait soutenu les catholiques. Cette fresque pourrait ainsi constituer une forme de reconnaissance symbolique, discrètement inscrite dans la pierre et la peinture.
Il est possible de commander sur https://histoire-six-fours.fr/ l’ouvrage d’Antoine Peretti sur les tableaux de la Collégiale.













