Chaque mercredi après-midi, à la résidence Lelièvre, le cliquetis des aiguilles se mêle aux conversations. Elles sont près d’une trentaine à se retrouver autour de pelotes de laine, fidèles à ce rendez-vous hebdomadaire. Les bénévoles de Tricoti-Tricotta tricotent pour une seule destination : hôpital Sainte-Musse, et pour des nouveau-nés arrivés au monde dans des conditions fragiles , enfants nés dans le secret ou grands prématurés.
Une histoire intime à l’origine de l’engagement
Derrière ces gestes répétés, il y a une histoire profondément personnelle, gravée dans la vie de la fondatrice de l’association, Hélène Ponti. Il y a vingt-et-un ans, son petit-fils naît bien trop tôt. Moins d’un kilo sur la balance. Un corps minuscule qu’il faut protéger, entourer, réchauffer. Hélène appelle alors des amies. Pendant trois ou quatre nuits, elles tricotent sans relâche. À son retour à l’hôpital, les bras chargés de layettes, une question toute simple lui est posée par les puéricultrices :
« Et pour les autres familles, pourriez-vous aussi aider ? »

Quand la solidarité prend forme
Face aux épreuves de la vie, la solidarité s’organise. Longtemps informel, le groupe ressent le besoin de se structurer. « C’est en 2016, quand certaines commençaient à fatiguer, que nous avons décidé de créer une association et de recruter », raconte Hélène Ponti. Un simple flyer suffit : les réponses arrivent rapidement.
Depuis, les tricoteuses se retrouvent ensemble à l’espace Lelièvre. Résidentes ou non, toutes sont les bienvenues.
Un atelier qui crée du lien
Au fil des semaines, l’atelier devient bien plus qu’un lieu de fabrication. C’est un espace de lien, de partage, de respiration. « Ça fait du bien à la tête et au cœur », confie l’une des participantes. « On papote, on rit, on occupe les mains, et surtout on sait que ce qu’on fait va réchauffer de petits cœurs. »
Une chaleur humaine au cœur de l’hôpital
Chaque trimestre, entre 300 et 500 pièces sont remises aux équipes de l’hôpital Sainte-Musse. Les soignants témoignent de l’impact de ces dons. Pour certains parents, tout bascule sans prévenir : un accouchement trop précoce, une inquiétude immense, parfois un sentiment de sidération. Voir leur nouveau-né enveloppé dans des vêtements tricotés à la main apporte autre chose que de la chaleur : une présence humaine, un peu de douceur dans un moment d’extrême fragilité.
« Dans un instant si froid »
Hélène Ponti se souvient encore d’une lettre reçue un matin. Quelques mots simples, mais bouleversants : « Merci pour votre travail. Merci d’avoir réchauffé mes enfants dans un instant si froid. » Aujourd’hui encore, l’évocation de ce message émeut toutes les bénévoles.
Des couvertures qui deviennent des doudous
Il y a aussi cette photo reçue un jour : deux jumeaux, chacun avec sa couverture tricotée à la naissance. Trois ans plus tard, sur le cliché, ils traînent encore la leur. Usée, indispensable. Comme un doudou. Comme un premier lien d’amour avec le monde, dont on ne se sépare pas.
Le geste avant tout
Parfois, le téléphone sonne. L’enfant a grandi, la couverture est abîmée. Les parents proposent de payer pour qu’elle soit refaite. La réponse est toujours la même : non. Ici, seul le geste compte. Toutes sont bénévoles, et il arrive qu’elles achètent elles-mêmes leurs pelotes. Les dons de laine sont néanmoins acceptés (neuve uniquement, en acrylique, surtout pas noire).
L’association bénéficie aussi de soutiens ponctuels, notamment depuis six ans grâce au Lions Club Les Baies du Soleil ou au Rotary Club. La commune et le CCAS ont également apporté leur aide.
Des mains ouvertes, des sourires partagés
Mais à Tricoti-Tricotta, l’essentiel reste ailleurs. Toutes les mains sont les bienvenues. Les sourires aussi.
Pourquoi ne dit-on plus « né sous X » ?
L’expression « né sous X » tend aujourd’hui à disparaître au profit de « né dans le secret » ou « accouchement dans le secret ». Ce changement de vocabulaire n’est pas anodin. Il permet de replacer l’humain au centre : non plus l’anonymat comme une abstraction administrative, mais une situation vécue, souvent douloureuse, par des femmes confrontées à des choix complexes. Les mots évoluent pour mieux respecter les histoires, les parcours et la dignité de chacun des mères comme des enfants.
Contact : helene.ponti@orange.fr ou 06 47 84 19 17













