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jeudi 30 juillet 2026
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Berthe, des champs aux tours : les habitants racontent la mémoire d’un quartier

Réunis au centre Nelson-Mandela à l’initiative de Passerelle de Mémoire, d’anciens habitants ont partagé leurs souvenirs de Berthe. Une plongée dans l’histoire d’un quartier qui, bien avant les immeubles, était une vaste plaine agricole.

Quand Berthe était une campagne

Avant les grandes tours, Berthe n’avait rien du paysage urbain que l’on connaît aujourd’hui. Les témoins réunis mardi au centre Nelson-Mandela décrivent une immense plaine agricole où quelques maisons de campagne étaient disséminées au milieu des champs.

Artichauts, choux-fleurs, oliviers et arbres fruitiers rythmaient alors le quotidien des habitants. Certains se souviennent encore des vestiges laissés par la Seconde Guerre mondiale : de grands trous creusés dans le sol, devenus au fil du temps des dépotoirs improvisés.

Selon plusieurs anciens, le dernier champ de blé de Berthe occupait l’emplacement de l’actuel stade Raymond-Januzzi. À l’endroit où s’étendent aujourd’hui la place Renaudel et ses environs, un élevage de cochons faisait autrefois partie du paysage. Près de l’actuelle mairie annexe, une modeste chapelle en bois, baptisée Saint-Jean, accueillait les habitants.

La surprenante histoire de la marmotte de Berthe

Parmi les anecdotes racontées, certaines relèvent presque de la légende locale. Freddy a ainsi évoqué un souvenir transmis de génération en génération : celui de la célèbre « marmotte de Berthe ».

L’histoire remonte à une transhumance, lorsqu’un groupe d’éleveurs découvre un jeune marmotton en train de téter une brebis. Attendris, ils recueillent l’animal et le ramènent à Berthe.

La marmotte s’adapte étonnamment bien à sa nouvelle vie. Elle n’hiberne plus et devient même une véritable gardienne des lieux.

« Il suffisait d’approcher du jujubier pour qu’elle se mette à siffler et qu’on voie la propriétaire arriver en courant. Ce fut fini le temps des jujubes gratuites », raconte Freddy, provoquant les sourires de l’assemblée.

Des champs aux premiers immeubles

Né à Berthe en 1946, Roger estime être l’un des derniers habitants du quartier à être venu au monde à domicile.

Plus de soixante-dix ans après, ses souvenirs demeurent intacts.

« Il y a toujours ce monde derrière mes paupières. Je n’ai qu’à fermer les yeux pour revoir ces champs et cette vie. »

Avec la construction des premiers immeubles, le décor change progressivement. Les enfants découvrent un nouveau quotidien, sous l’œil attentif du gardien qui sillonne le quartier sur sa mobylette bleue pour rappeler à l’ordre ceux qui traversent les pelouses ou transforment les halls d’immeubles en pistes de patins à roulettes.

Pour d’autres familles, cette urbanisation est vécue comme une véritable rupture. Sylvie raconte que sa mère, agricultrice, a été expropriée afin de permettre la construction d’un immeuble. La famille sera relogée… dans ce même bâtiment.

« Il y a eu beaucoup de malheur », résume-t-elle.

1962 : l’arrivée des rapatriés d’Algérie

L’indépendance de l’Algérie marque un nouveau tournant pour La Seyne-sur-Mer. À partir de l’été 1962, de nombreuses familles rapatriées arrivent dans la commune, où les hôtels, les logements provisoires et les hébergements chez des particuliers sont rapidement saturés.

Martine grandit alors au Floréal. Ses parents font partie de ces familles contraintes de quitter l’Algérie dans l’urgence.

Elle se souvient encore de l’accueil réservé à sa mère lorsqu’elle demande un logement.

« Les pieds-noirs ont été très mal accueillis. On a dit à ma mère que c’était une honte de faire un enfant dans ces conditions. Vous n’avez pas de logement, vous en demandez un et en plus vous êtes enceinte et même pas française. »

Une blessure toujours vive pour Martine.

« Pourtant, les rapatriés d’Afrique du Nord étaient français. L’Algérie était française. Ma mère en a pleuré. »

Elle évoque également une autre scène restée gravée dans sa mémoire. Après avoir été traitée de « bouseuse », sa mère répond avec fierté :

« À Alger, tout était neuf. Nous vivions dans un beau quartier. Vous n’avez même pas de latrines chez vous, et ce sont nous les bouseux ? »

Malgré ces débuts difficiles, les familles rapatriées finissent par trouver leur place à Berthe, aux côtés des ouvriers des chantiers navals et de nombreuses familles venues d’Italie, d’Espagne ou du Maghreb.

Les années 1990, entre crise et changement d’image

Au début des années 1990, le quartier entre dans une nouvelle phase de son histoire. Les grandes tours dominent désormais le paysage, tandis que la fermeture des chantiers navals en 1989 plonge une partie de la population dans une situation économique difficile.

Pour Sylvie, cette évolution est difficile à vivre.

« À la construction des tours, j’avais la sensation d’étouffer. »

Arrivée de Toulon en 1994, Christelle découvre un quartier qui ne ressemble à aucun autre.

« Tout était trop grand. Des tours immenses. Je n’arrêtais pas de me perdre. Le quartier avait une mauvaise image. On y parlait de drogue, d’émeutes. »

En novembre 1997, la mort d’un jeune homme de 18 ans lors d’un accident impliquant un policier municipal hors service provoque plusieurs nuits de violences urbaines. Véhicules incendiés, équipements publics dégradés et important dispositif policier placent alors Berthe sous les projecteurs des médias nationaux.

« C’est à cette époque que beaucoup de familles qui en avaient les moyens ont déménagé », se souvient un ancien habitant.

Au fil des années 2000, le quartier accueille progressivement de nouveaux ménages aux revenus modestes, poursuivant ainsi son évolution démographique tout en restant l’un des secteurs les plus peuplés de La Seyne-sur-Mer.

Une mémoire toujours vivante

Des champs de blé aux grandes tours, des vergers aux immeubles, des ouvriers des chantiers navals aux familles venues de tous horizons, les témoignages recueillis par Passerelle de Mémoire rappellent que Berthe est bien plus qu’un quartier. Derrière son image actuelle se cache une histoire faite de travail, d’exils, de bouleversements et de solidarité, que ses habitants continuent de transmettre avec émotion.

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Berthe, des champs aux tours : les habitants racontent la mémoire d’un quartier

Réunis au centre Nelson-Mandela à l’initiative de Passerelle de Mémoire, d’anciens habitants ont partagé leurs souvenirs de Berthe. Une plongée dans l’histoire d’un quartier qui, bien avant les immeubles, était une vaste plaine agricole.

Quand Berthe était une campagne

Avant les grandes tours, Berthe n’avait rien du paysage urbain que l’on connaît aujourd’hui. Les témoins réunis mardi au centre Nelson-Mandela décrivent une immense plaine agricole où quelques maisons de campagne étaient disséminées au milieu des champs.

Artichauts, choux-fleurs, oliviers et arbres fruitiers rythmaient alors le quotidien des habitants. Certains se souviennent encore des vestiges laissés par la Seconde Guerre mondiale : de grands trous creusés dans le sol, devenus au fil du temps des dépotoirs improvisés.

Selon plusieurs anciens, le dernier champ de blé de Berthe occupait l’emplacement de l’actuel stade Raymond-Januzzi. À l’endroit où s’étendent aujourd’hui la place Renaudel et ses environs, un élevage de cochons faisait autrefois partie du paysage. Près de l’actuelle mairie annexe, une modeste chapelle en bois, baptisée Saint-Jean, accueillait les habitants.

La surprenante histoire de la marmotte de Berthe

Parmi les anecdotes racontées, certaines relèvent presque de la légende locale. Freddy a ainsi évoqué un souvenir transmis de génération en génération : celui de la célèbre « marmotte de Berthe ».

L’histoire remonte à une transhumance, lorsqu’un groupe d’éleveurs découvre un jeune marmotton en train de téter une brebis. Attendris, ils recueillent l’animal et le ramènent à Berthe.

La marmotte s’adapte étonnamment bien à sa nouvelle vie. Elle n’hiberne plus et devient même une véritable gardienne des lieux.

« Il suffisait d’approcher du jujubier pour qu’elle se mette à siffler et qu’on voie la propriétaire arriver en courant. Ce fut fini le temps des jujubes gratuites », raconte Freddy, provoquant les sourires de l’assemblée.

Des champs aux premiers immeubles

Né à Berthe en 1946, Roger estime être l’un des derniers habitants du quartier à être venu au monde à domicile.

Plus de soixante-dix ans après, ses souvenirs demeurent intacts.

« Il y a toujours ce monde derrière mes paupières. Je n’ai qu’à fermer les yeux pour revoir ces champs et cette vie. »

Avec la construction des premiers immeubles, le décor change progressivement. Les enfants découvrent un nouveau quotidien, sous l’œil attentif du gardien qui sillonne le quartier sur sa mobylette bleue pour rappeler à l’ordre ceux qui traversent les pelouses ou transforment les halls d’immeubles en pistes de patins à roulettes.

Pour d’autres familles, cette urbanisation est vécue comme une véritable rupture. Sylvie raconte que sa mère, agricultrice, a été expropriée afin de permettre la construction d’un immeuble. La famille sera relogée… dans ce même bâtiment.

« Il y a eu beaucoup de malheur », résume-t-elle.

1962 : l’arrivée des rapatriés d’Algérie

L’indépendance de l’Algérie marque un nouveau tournant pour La Seyne-sur-Mer. À partir de l’été 1962, de nombreuses familles rapatriées arrivent dans la commune, où les hôtels, les logements provisoires et les hébergements chez des particuliers sont rapidement saturés.

Martine grandit alors au Floréal. Ses parents font partie de ces familles contraintes de quitter l’Algérie dans l’urgence.

Elle se souvient encore de l’accueil réservé à sa mère lorsqu’elle demande un logement.

« Les pieds-noirs ont été très mal accueillis. On a dit à ma mère que c’était une honte de faire un enfant dans ces conditions. Vous n’avez pas de logement, vous en demandez un et en plus vous êtes enceinte et même pas française. »

Une blessure toujours vive pour Martine.

« Pourtant, les rapatriés d’Afrique du Nord étaient français. L’Algérie était française. Ma mère en a pleuré. »

Elle évoque également une autre scène restée gravée dans sa mémoire. Après avoir été traitée de « bouseuse », sa mère répond avec fierté :

« À Alger, tout était neuf. Nous vivions dans un beau quartier. Vous n’avez même pas de latrines chez vous, et ce sont nous les bouseux ? »

Malgré ces débuts difficiles, les familles rapatriées finissent par trouver leur place à Berthe, aux côtés des ouvriers des chantiers navals et de nombreuses familles venues d’Italie, d’Espagne ou du Maghreb.

Les années 1990, entre crise et changement d’image

Au début des années 1990, le quartier entre dans une nouvelle phase de son histoire. Les grandes tours dominent désormais le paysage, tandis que la fermeture des chantiers navals en 1989 plonge une partie de la population dans une situation économique difficile.

Pour Sylvie, cette évolution est difficile à vivre.

« À la construction des tours, j’avais la sensation d’étouffer. »

Arrivée de Toulon en 1994, Christelle découvre un quartier qui ne ressemble à aucun autre.

« Tout était trop grand. Des tours immenses. Je n’arrêtais pas de me perdre. Le quartier avait une mauvaise image. On y parlait de drogue, d’émeutes. »

En novembre 1997, la mort d’un jeune homme de 18 ans lors d’un accident impliquant un policier municipal hors service provoque plusieurs nuits de violences urbaines. Véhicules incendiés, équipements publics dégradés et important dispositif policier placent alors Berthe sous les projecteurs des médias nationaux.

« C’est à cette époque que beaucoup de familles qui en avaient les moyens ont déménagé », se souvient un ancien habitant.

Au fil des années 2000, le quartier accueille progressivement de nouveaux ménages aux revenus modestes, poursuivant ainsi son évolution démographique tout en restant l’un des secteurs les plus peuplés de La Seyne-sur-Mer.

Une mémoire toujours vivante

Des champs de blé aux grandes tours, des vergers aux immeubles, des ouvriers des chantiers navals aux familles venues de tous horizons, les témoignages recueillis par Passerelle de Mémoire rappellent que Berthe est bien plus qu’un quartier. Derrière son image actuelle se cache une histoire faite de travail, d’exils, de bouleversements et de solidarité, que ses habitants continuent de transmettre avec émotion.

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Berthe, des champs aux tours : les habitants racontent la mémoire d’un quartier

Réunis au centre Nelson-Mandela à l’initiative de Passerelle de Mémoire, d’anciens habitants ont partagé leurs souvenirs de Berthe. Une plongée dans l’histoire d’un quartier qui, bien avant les immeubles, était une vaste plaine agricole.

Quand Berthe était une campagne

Avant les grandes tours, Berthe n’avait rien du paysage urbain que l’on connaît aujourd’hui. Les témoins réunis mardi au centre Nelson-Mandela décrivent une immense plaine agricole où quelques maisons de campagne étaient disséminées au milieu des champs.

Artichauts, choux-fleurs, oliviers et arbres fruitiers rythmaient alors le quotidien des habitants. Certains se souviennent encore des vestiges laissés par la Seconde Guerre mondiale : de grands trous creusés dans le sol, devenus au fil du temps des dépotoirs improvisés.

Selon plusieurs anciens, le dernier champ de blé de Berthe occupait l’emplacement de l’actuel stade Raymond-Januzzi. À l’endroit où s’étendent aujourd’hui la place Renaudel et ses environs, un élevage de cochons faisait autrefois partie du paysage. Près de l’actuelle mairie annexe, une modeste chapelle en bois, baptisée Saint-Jean, accueillait les habitants.

La surprenante histoire de la marmotte de Berthe

Parmi les anecdotes racontées, certaines relèvent presque de la légende locale. Freddy a ainsi évoqué un souvenir transmis de génération en génération : celui de la célèbre « marmotte de Berthe ».

L’histoire remonte à une transhumance, lorsqu’un groupe d’éleveurs découvre un jeune marmotton en train de téter une brebis. Attendris, ils recueillent l’animal et le ramènent à Berthe.

La marmotte s’adapte étonnamment bien à sa nouvelle vie. Elle n’hiberne plus et devient même une véritable gardienne des lieux.

« Il suffisait d’approcher du jujubier pour qu’elle se mette à siffler et qu’on voie la propriétaire arriver en courant. Ce fut fini le temps des jujubes gratuites », raconte Freddy, provoquant les sourires de l’assemblée.

Des champs aux premiers immeubles

Né à Berthe en 1946, Roger estime être l’un des derniers habitants du quartier à être venu au monde à domicile.

Plus de soixante-dix ans après, ses souvenirs demeurent intacts.

« Il y a toujours ce monde derrière mes paupières. Je n’ai qu’à fermer les yeux pour revoir ces champs et cette vie. »

Avec la construction des premiers immeubles, le décor change progressivement. Les enfants découvrent un nouveau quotidien, sous l’œil attentif du gardien qui sillonne le quartier sur sa mobylette bleue pour rappeler à l’ordre ceux qui traversent les pelouses ou transforment les halls d’immeubles en pistes de patins à roulettes.

Pour d’autres familles, cette urbanisation est vécue comme une véritable rupture. Sylvie raconte que sa mère, agricultrice, a été expropriée afin de permettre la construction d’un immeuble. La famille sera relogée… dans ce même bâtiment.

« Il y a eu beaucoup de malheur », résume-t-elle.

1962 : l’arrivée des rapatriés d’Algérie

L’indépendance de l’Algérie marque un nouveau tournant pour La Seyne-sur-Mer. À partir de l’été 1962, de nombreuses familles rapatriées arrivent dans la commune, où les hôtels, les logements provisoires et les hébergements chez des particuliers sont rapidement saturés.

Martine grandit alors au Floréal. Ses parents font partie de ces familles contraintes de quitter l’Algérie dans l’urgence.

Elle se souvient encore de l’accueil réservé à sa mère lorsqu’elle demande un logement.

« Les pieds-noirs ont été très mal accueillis. On a dit à ma mère que c’était une honte de faire un enfant dans ces conditions. Vous n’avez pas de logement, vous en demandez un et en plus vous êtes enceinte et même pas française. »

Une blessure toujours vive pour Martine.

« Pourtant, les rapatriés d’Afrique du Nord étaient français. L’Algérie était française. Ma mère en a pleuré. »

Elle évoque également une autre scène restée gravée dans sa mémoire. Après avoir été traitée de « bouseuse », sa mère répond avec fierté :

« À Alger, tout était neuf. Nous vivions dans un beau quartier. Vous n’avez même pas de latrines chez vous, et ce sont nous les bouseux ? »

Malgré ces débuts difficiles, les familles rapatriées finissent par trouver leur place à Berthe, aux côtés des ouvriers des chantiers navals et de nombreuses familles venues d’Italie, d’Espagne ou du Maghreb.

Les années 1990, entre crise et changement d’image

Au début des années 1990, le quartier entre dans une nouvelle phase de son histoire. Les grandes tours dominent désormais le paysage, tandis que la fermeture des chantiers navals en 1989 plonge une partie de la population dans une situation économique difficile.

Pour Sylvie, cette évolution est difficile à vivre.

« À la construction des tours, j’avais la sensation d’étouffer. »

Arrivée de Toulon en 1994, Christelle découvre un quartier qui ne ressemble à aucun autre.

« Tout était trop grand. Des tours immenses. Je n’arrêtais pas de me perdre. Le quartier avait une mauvaise image. On y parlait de drogue, d’émeutes. »

En novembre 1997, la mort d’un jeune homme de 18 ans lors d’un accident impliquant un policier municipal hors service provoque plusieurs nuits de violences urbaines. Véhicules incendiés, équipements publics dégradés et important dispositif policier placent alors Berthe sous les projecteurs des médias nationaux.

« C’est à cette époque que beaucoup de familles qui en avaient les moyens ont déménagé », se souvient un ancien habitant.

Au fil des années 2000, le quartier accueille progressivement de nouveaux ménages aux revenus modestes, poursuivant ainsi son évolution démographique tout en restant l’un des secteurs les plus peuplés de La Seyne-sur-Mer.

Une mémoire toujours vivante

Des champs de blé aux grandes tours, des vergers aux immeubles, des ouvriers des chantiers navals aux familles venues de tous horizons, les témoignages recueillis par Passerelle de Mémoire rappellent que Berthe est bien plus qu’un quartier. Derrière son image actuelle se cache une histoire faite de travail, d’exils, de bouleversements et de solidarité, que ses habitants continuent de transmettre avec émotion.

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Réunis au centre Nelson-Mandela à l’initiative de Passerelle de Mémoire, d’anciens habitants ont partagé leurs souvenirs de Berthe. Une plongée dans l’histoire d’un quartier qui, bien avant les immeubles, était une vaste plaine agricole.

Quand Berthe était une campagne

Avant les grandes tours, Berthe n’avait rien du paysage urbain que l’on connaît aujourd’hui. Les témoins réunis mardi au centre Nelson-Mandela décrivent une immense plaine agricole où quelques maisons de campagne étaient disséminées au milieu des champs.

Artichauts, choux-fleurs, oliviers et arbres fruitiers rythmaient alors le quotidien des habitants. Certains se souviennent encore des vestiges laissés par la Seconde Guerre mondiale : de grands trous creusés dans le sol, devenus au fil du temps des dépotoirs improvisés.

Selon plusieurs anciens, le dernier champ de blé de Berthe occupait l’emplacement de l’actuel stade Raymond-Januzzi. À l’endroit où s’étendent aujourd’hui la place Renaudel et ses environs, un élevage de cochons faisait autrefois partie du paysage. Près de l’actuelle mairie annexe, une modeste chapelle en bois, baptisée Saint-Jean, accueillait les habitants.

La surprenante histoire de la marmotte de Berthe

Parmi les anecdotes racontées, certaines relèvent presque de la légende locale. Freddy a ainsi évoqué un souvenir transmis de génération en génération : celui de la célèbre « marmotte de Berthe ».

L’histoire remonte à une transhumance, lorsqu’un groupe d’éleveurs découvre un jeune marmotton en train de téter une brebis. Attendris, ils recueillent l’animal et le ramènent à Berthe.

La marmotte s’adapte étonnamment bien à sa nouvelle vie. Elle n’hiberne plus et devient même une véritable gardienne des lieux.

« Il suffisait d’approcher du jujubier pour qu’elle se mette à siffler et qu’on voie la propriétaire arriver en courant. Ce fut fini le temps des jujubes gratuites », raconte Freddy, provoquant les sourires de l’assemblée.

Des champs aux premiers immeubles

Né à Berthe en 1946, Roger estime être l’un des derniers habitants du quartier à être venu au monde à domicile.

Plus de soixante-dix ans après, ses souvenirs demeurent intacts.

« Il y a toujours ce monde derrière mes paupières. Je n’ai qu’à fermer les yeux pour revoir ces champs et cette vie. »

Avec la construction des premiers immeubles, le décor change progressivement. Les enfants découvrent un nouveau quotidien, sous l’œil attentif du gardien qui sillonne le quartier sur sa mobylette bleue pour rappeler à l’ordre ceux qui traversent les pelouses ou transforment les halls d’immeubles en pistes de patins à roulettes.

Pour d’autres familles, cette urbanisation est vécue comme une véritable rupture. Sylvie raconte que sa mère, agricultrice, a été expropriée afin de permettre la construction d’un immeuble. La famille sera relogée… dans ce même bâtiment.

« Il y a eu beaucoup de malheur », résume-t-elle.

1962 : l’arrivée des rapatriés d’Algérie

L’indépendance de l’Algérie marque un nouveau tournant pour La Seyne-sur-Mer. À partir de l’été 1962, de nombreuses familles rapatriées arrivent dans la commune, où les hôtels, les logements provisoires et les hébergements chez des particuliers sont rapidement saturés.

Martine grandit alors au Floréal. Ses parents font partie de ces familles contraintes de quitter l’Algérie dans l’urgence.

Elle se souvient encore de l’accueil réservé à sa mère lorsqu’elle demande un logement.

« Les pieds-noirs ont été très mal accueillis. On a dit à ma mère que c’était une honte de faire un enfant dans ces conditions. Vous n’avez pas de logement, vous en demandez un et en plus vous êtes enceinte et même pas française. »

Une blessure toujours vive pour Martine.

« Pourtant, les rapatriés d’Afrique du Nord étaient français. L’Algérie était française. Ma mère en a pleuré. »

Elle évoque également une autre scène restée gravée dans sa mémoire. Après avoir été traitée de « bouseuse », sa mère répond avec fierté :

« À Alger, tout était neuf. Nous vivions dans un beau quartier. Vous n’avez même pas de latrines chez vous, et ce sont nous les bouseux ? »

Malgré ces débuts difficiles, les familles rapatriées finissent par trouver leur place à Berthe, aux côtés des ouvriers des chantiers navals et de nombreuses familles venues d’Italie, d’Espagne ou du Maghreb.

Les années 1990, entre crise et changement d’image

Au début des années 1990, le quartier entre dans une nouvelle phase de son histoire. Les grandes tours dominent désormais le paysage, tandis que la fermeture des chantiers navals en 1989 plonge une partie de la population dans une situation économique difficile.

Pour Sylvie, cette évolution est difficile à vivre.

« À la construction des tours, j’avais la sensation d’étouffer. »

Arrivée de Toulon en 1994, Christelle découvre un quartier qui ne ressemble à aucun autre.

« Tout était trop grand. Des tours immenses. Je n’arrêtais pas de me perdre. Le quartier avait une mauvaise image. On y parlait de drogue, d’émeutes. »

En novembre 1997, la mort d’un jeune homme de 18 ans lors d’un accident impliquant un policier municipal hors service provoque plusieurs nuits de violences urbaines. Véhicules incendiés, équipements publics dégradés et important dispositif policier placent alors Berthe sous les projecteurs des médias nationaux.

« C’est à cette époque que beaucoup de familles qui en avaient les moyens ont déménagé », se souvient un ancien habitant.

Au fil des années 2000, le quartier accueille progressivement de nouveaux ménages aux revenus modestes, poursuivant ainsi son évolution démographique tout en restant l’un des secteurs les plus peuplés de La Seyne-sur-Mer.

Une mémoire toujours vivante

Des champs de blé aux grandes tours, des vergers aux immeubles, des ouvriers des chantiers navals aux familles venues de tous horizons, les témoignages recueillis par Passerelle de Mémoire rappellent que Berthe est bien plus qu’un quartier. Derrière son image actuelle se cache une histoire faite de travail, d’exils, de bouleversements et de solidarité, que ses habitants continuent de transmettre avec émotion.

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