À l’occasion du 82e anniversaire de la Libération de Six-Fours et du défilé patriotique organisé le 25 août, retour sur les années d’Occupation. Privations, réquisitions, bombardements, évacuations, destructions : derrière la fête de la Libération se cache l’histoire d’une commune profondément marquée par la guerre.
Les privations s’installent dès 1940
À Six-Fours, la Seconde Guerre mondiale ne commence pas avec les combats, mais avec une lente dégradation du quotidien. Dès l’hiver 1940, les écoles ne peuvent parfois plus être chauffées correctement. Le bois et le charbon se raréfient, tandis que les restrictions touchent progressivement l’essence, l’alcool, la viande et de nombreux produits de première nécessité. Au printemps, une soupe gratuite est distribuée à l’école du Brusc.
Vichy bouleverse la vie politique locale
La vie politique locale bascule elle aussi sous la pression du régime de Vichy. En juin 1941, les membres du conseil municipal, accusés de sympathies gaullistes, adressent leur démission au sous-préfet. Une nouvelle municipalité est alors installée autour de Jules Marquand. Dans l’espace public, les symboles changent : la place Jean-Jaurès devient la place Maréchal-Pétain.
Le littoral passe sous contrôle
Avec l’Occupation, Six-Fours devient un territoire stratégique. Les rapports municipaux de la fin de l’année 1942 dressent un constat brutal : les barques de pêche du Brusc sont réquisitionnées par les Allemands puis restituées inutilisables, certaines zones sont ravagées par la pêche à la grenade, du mobilier est brûlé pour servir de chauffage, tandis que cultures et prairies sont détériorées par les installations militaires.
Quelques mois plus tard, les tensions s’aggravent encore avec la présence des troupes italiennes. Les archives municipales décrivent des potagers pillés et des habitants menacés pour céder leurs provisions. Certains soldats se présentent directement chez les particuliers, arme au canon, pour réclamer légumes ou lapins.
La peur racontée par les familles
Mais l’Occupation ne se raconte pas uniquement à travers les rapports administratifs. Elle survit surtout dans les souvenirs des familles six-fournaises.
Béatrix Parola, née Baral, gardait en mémoire la peur ressentie lorsqu’une patrouille allemande surgit dans sa rue. Figée devant les soldats venus réclamer des œufs et des poules, elle perdra la voix plusieurs jours après leur départ. Comme beaucoup d’habitants, elle se souvenait aussi des sirènes d’alerte qui faisaient courir familles et voisins vers des tunnels creusés à même la terre pour tenter d’échapper aux bombardements.
Au domaine du Plan de la Mer, les grands-parents de Robert Priolio sont contraints d’abandonner leurs terres, situées trop près du littoral devenu stratégique. Les arbres fruitiers et les canniers sont arrachés à la main afin de dégager la vue pour les défenses allemandes. Lorsqu’ils reviennent après les combats, la maison cache encore des tonneaux de dynamite sous ses fondations.
En 1944, la politique de la terre brûlée
Selon un courrier du maire, entre Le Brusc et Sanary, sur 1 500 à 2 000 mètres de profondeur, les Allemands appliquent une logique de terre brûlée : maisons détruites, arbres coupés, vignes et vergers arrachés.
Au sortir de la guerre, Six-Fours apparaît profondément meurtrie : un rapport municipal de décembre 1944 recense 235 immeubles détruits par les autorités allemandes, tandis que des quartiers entiers comme Bellevue, les Hoirs, Sauviou, Cabry ou Puirat sont presque rayés de la carte.
Six-Fours, « très gravement mutilée par l’occupant »
Le 11 novembre 1948, le secrétaire d’État aux Forces armées, Max Lejeune, rend hommage à la commune :
« Six-Fours très gravement mutilée par l’occupant, ses deux ports du Brusc et de la Coudoulière détruits, ses beaux quartiers transformés en terre brûlée, plus de deux cents maisons arasées, ses forêts ravagées, ses vignobles arrachés, ses terrains de cultures minés. (60 000 mines) Six-Fours a su conserver toute sa dignité et manifester en toutes occasions sa foi en la victoire. Six-Fours a payé de plus, par ses déportés et les nombreux morts de sa population civile, un lourd tribut de souffrance et de sang dans la longue lutte pour la défense de la Patrie. »









