Évacuations forcées, maisons dynamitées, bombardements, mines… Dans les mois qui précèdent la Libération, plus de 1 500 Six-Fournais sont contraints de quitter leur logement. Jusqu’aux derniers jours d’août 1944, la commune vit au rythme de l’Occupation et des combats.
Douze heures seulement. C’est parfois le délai accordé aux familles pour abandonner leur maison au début de l’année 1944. Alors que la perspective d’un débarquement allié se précise, les forces allemandes renforcent leurs défenses et évacuent progressivement une partie du littoral six-fournais.
Dès le début du mois de mars, le maire s’inquiète des méthodes employées. Une dizaine de familles ont déjà reçu l’ordre de partir, parfois sur la seule injonction d’un soldat. Il demande alors aux habitants d’attendre un ordre officiel avant de quitter leur domicile. La réponse allemande est brutale : « Le maire ne commande plus, c’est nous qui commandons. »
Plus de 1 500 habitants évacués
En quelques semaines, le phénomène change d’échelle. Le 30 mars, le maire informe le préfet que 160 familles, soit environ 700 personnes, sont concernées par les évacuations. Près d’un quart de la population communale doit alors quitter son logement.
Les départs s’accompagnent de destructions. Ce même jour, cinq nouveaux immeubles sont dynamités. Dans l’un d’eux, une partie du mobilier doit être abandonnée : les alentours sont déjà minés et il est devenu trop dangereux de revenir le récupérer.
La zone évacuée continue ensuite de s’étendre. À la fin du mois de mai, plus de 1 500 habitants sur les quelque 4 500 que compte Six-Fours ont été contraints de partir. En juin, quelque 600 habitants du Brusc sont encore concernés.
Le paysage est lui aussi profondément bouleversé. Entre Le Brusc et Sanary, sur une profondeur pouvant atteindre 1 500 à 2 000 mètres, le maire décrit une politique de « terre brûlée » : habitations détruites, arbres abattus, vignes et vergers arrachés. Le 17 juin, les Allemands font également sauter la jetée du Brusc.
Emmenés sans connaître leur destination
La pression ne concerne pas seulement les habitants du littoral. Le 12 avril 1944, quatre équipes de travailleurs du STO sont convoquées place de la mairie. On leur annonce simplement qu’elles doivent rejoindre un autre chantier.
Vers 9 heures, plusieurs autocars arrivent. Les hommes montent à bord sans savoir où ils sont conduits. Certains n’ont presque pas d’argent sur eux, d’autres n’ont même pas prévu suffisamment de vêtements pour passer une nuit loin de chez eux.
Une scène qui résume l’incertitude de cette période : quitter sa maison le matin sans savoir où l’on sera envoyé, ni quand on pourra revenir.
Entre les bombes et les mines
Aux évacuations et aux réquisitions s’ajoutent les bombardements. Le 11 mars, une vingtaine de bombes tombent sur Six-Fours. La commune est de nouveau frappée le 29 avril.
Pendant ce bombardement, trois civils et deux militaires allemands quittent la route et pénètrent dans un secteur miné. Une explosion fait un mort et quatre blessés. Huit personnes perdent la vie à Six-Fours au cours de ce bombardement.
À l’approche de l’été, la menace est donc partout : dans le ciel avec les raids aériens, mais également sous terre avec les nombreuses zones minées.
Le maire arrêté à la veille du Débarquement
Le 14 août 1944, quelques heures avant le Débarquement de Provence, un nouvel ordre allemand tombe : tous les hommes valides âgés de 16 à 60 ans doivent être recensés afin d’être employés à des travaux.
Le maire refuse de s’y plier. Il est arrêté et conduit à la Kommandantur, dont il ne ressort qu’à 17 heures.
Dix jours plus tard, l’atmosphère a déjà changé. Le 24 août, un témoin décrit Reynier « pavoisé de partout ». Mais la commune n’est pas encore entièrement libérée : Le Brusc reste occupé et les positions allemandes peuvent toujours ouvrir le feu.
Les derniers soldats allemands déposent les armes
Le 25 août, des négociations s’engagent autour du fort de Six-Fours. La reddition est fixée au lendemain, à midi. Avant de déposer les armes, les Allemands détruisent une partie de leur matériel et de leurs munitions. De fortes explosions retentissent tandis que d’épaisses fumées s’élèvent au-dessus du fort.
Lorsque les soldats quittent finalement les lieux, un habitant raconte observer aux jumelles une colonne de 200 à 300 prisonniers.
La reddition se poursuit ailleurs. Au Gaou, trois officiers et 212 artilleurs de marine allemands de la batterie de la pointe Gueulois déposent à leur tour les armes.
Le lendemain, le contraste est saisissant. Reynier est décrit « en liesse ». Soldats français, chars et véhicules militaires traversent le village pavoisé.
Après les combats vient aussi le temps de retrouver de quoi vivre. Une distribution de viande de cheval est organisée pour les habitants, tandis que des chevaux récupérés au fort doivent permettre de reprendre les travaux agricoles et de participer au ravitaillement.
Après des mois d’évacuations, de destructions, de bombardements et de peur, Six-Fours peut enfin célébrer sa Libération.
Plus d’informations : https://histoire-six-fours.fr/









