À Mar-Vivo, au fond d’une parcelle transmise depuis des générations, quelques rails affleurent encore sous la terre. À première vue, rien de spectaculaire. Pourtant, ces lignes métalliques racontent une page singulière de l’histoire agricole locale.
Ici, la famille Priolio cultive ces terres depuis douze générations. Gabrielle en est aujourd’hui l’héritière. Mais bien au-delà de la transmission familiale, ce sont ces anciennes serres mobiles, installées dans les années 1960, qui attirent l’attention.
Une modernité discrète :
À une époque marquée par la mécanisation croissante, l’exploitation fait le choix d’un système à contre-courant : des serres montées sur rails, capables d’être déplacées d’une parcelle à l’autre.
L’objectif n’est pas d’intensifier, mais d’équilibrer.
« Le système était considéré comme avant-gardiste, car il permettait de respecter la saisonnalité des cultures et d’organiser leur rotation », confie la famille.
Déplacer la serre plutôt que contraindre le sol : une logique simple, mais exigeante.
Car derrière cette apparente évidence, le geste est lourd.
« Il fallait une journée entière et au moins deux personnes pour faire glisser la structure sur une trentaine de mètres. »
Un travail lent, physique, qui rythmait les saisons autant qu’il les accompagnait.

Une agriculture de bon sens :
Bien avant que les enjeux environnementaux ne s’imposent dans le débat public, ces pratiques reposaient déjà sur une attention fine portée à la terre.
Laisser reposer une parcelle, limiter l’épuisement des sols, éviter les déséquilibres : autant de principes aujourd’hui valorisés, mais déjà à l’œuvre ici, de manière empirique.
Une agriculture d’observation plus que de contrainte.
Une histoire enracinée :
Ces rails ne sont pas seulement techniques. Ils s’inscrivent dans une histoire familiale marquée par les ruptures et les continuités.
Avant la Seconde Guerre mondiale, la famille vivait à Six-Fours. Chassée par les Allemands, elle choisit, à la Libération, de ne pas revenir. C’est à Mar-Vivo qu’elle se reconstruit.
Dans cette trajectoire, les femmes occupent une place centrale.
« Ce sont elles qui ont tenu les terres. Les hommes ont été décimés par la guerre ou la maladie. »
En 1953, la construction d’un puits au Clos Mireille permet de relancer les cultures. Puis la grand-mère ouvre la propriété aux voisins pour vendre la production. L’exploitation porte encore son nom aujourd’hui.
Ce que les rails disent encore :
Les serres ne bougent plus désormais. Les rails, eux, demeurent.
Discrets, presque effacés, ils témoignent d’une époque où l’innovation ne passait pas nécessairement par la puissance, mais par l’adaptation.
Une manière de faire avec la terre, plutôt que contre elle.
Et peut-être, déjà, une intuition de ce que l’agriculture redécouvre aujourd’hui.
Vente des produits de la ferme à Six-Fours (475 chemin du plan de la mer) le lundi, mercredi et vendredi matin. À Mar-Vivo (160 vieux chemin des Sablettes) le samedi et le mardi matin.













