Alors que les séances en plein air ont trouvé leur public cet été aux Sablettes, la question d’un cinéma permanent revient une nouvelle fois sur la table. À La Seyne, le grand écran entretient depuis plus d’un siècle une étonnante histoire avec la politique.
Avec une jauge de 300 spectateurs et plusieurs séances complètes, le cinéma en plein air lancé cet été au parc Braudel a trouvé son public. La première saison terminée, la municipalité va désormais réfléchir à la suite, tandis que l’éternelle question d’une salle permanente reste sur la table.
À La Seyne, le cinéma est rarement un sujet anodin. Depuis plus de trente ans, la création d’une salle revient régulièrement dans le débat municipal, au gré des projets, des majorités et des abandons.
C’est dans ce contexte que Dorian Munoz a choisi d’en faire l’un des premiers marqueurs culturels de son mandat. « Je ne suis élu que depuis trois mois, et c’est une des premières décisions que j’ai prises », souligne le maire.
Pour l’heure, il ne s’agit pas encore de construire une salle, mais d’installer le grand écran à ciel ouvert. Cet été, les projections ont ainsi pris leurs quartiers au théâtre de verdure du parc Braudel, aux Sablettes.
Une première saison encourageante
Cette première édition a trouvé son public. Si deux séances n’ont pas affiché complet, plusieurs projections ont atteint leur jauge maximale de 300 spectateurs. Dès les deux premiers rendez-vous, l’engouement était visible : près de 200 personnes ont dû être refusées lors de la première séance, puis environ 150 lors de la suivante.
Même constat quelques semaines plus tard avec Vaiana, programmé le 11 août. Cette fois, les 300 places étaient déjà parties une semaine avant la projection et, là encore, près de 200 personnes n’ont pas pu obtenir de billet.
Des chiffres qui témoignent de l’intérêt rencontré par cette première programmation estivale, sans pour autant faire de chaque rendez-vous un succès à guichets fermés.
Initialement, les projections devaient se tenir au parc de la Navale. Mais l’exposition au vent du site a conduit la municipalité à privilégier le théâtre de verdure du parc Braudel. La présence des installations de la kermesse compliquait également certaines dates.
Le principe reste celui d’un véritable cinéma en plein air. Quelques chaises sont installées sur place, mais de nombreux spectateurs viennent également avec leurs propres sièges, coussins ou nappes pour profiter de la séance. Boissons et pop-corn sont proposés avant les projections.

Des films récents à prix contenus
À 7 euros la séance et 5 euros pour les moins de 16 ans, la municipalité a choisi de proposer des films récents plutôt que de miser sur la gratuité avec des titres plus anciens.
« Les séances de cinéma sont payantes puisque ce sont des films récents qui sont proposés », explique Dorian Munoz.
La Ville contribue déjà à l’organisation par la mise à disposition du site et l’aide logistique. Assumer également le coût des entrées imposerait, selon le maire, « des arbitrages budgétaires ». Un équilibre qu’il inscrit dans une ambition plus large : « Je veux de la culture accessible à tous. »
« Au regard de la fréquentation, le fait que les séances soient payantes ne semble pas être un frein, surtout que les tarifs sont accessibles pour le plus grand nombre », observe le premier magistrat.
La saison désormais terminée, la municipalité va examiner cette première expérience et réfléchir à la suite qu’elle souhaite lui donner.
Et la salle de cinéma ?
Derrière le cinéma estival demeure toutefois une question qui accompagne La Seyne depuis plusieurs décennies : celle d’une salle permanente.
Après plusieurs projets qui n’ont jamais abouti, Dorian Munoz avance à son tour une nouvelle piste.
« Nous travaillons à un projet global qui inclurait un cinéma et une piscine en un même lieu, porté par des investisseurs privés. Mais il est encore trop tôt pour en préciser les contours. »
Un dossier sur lequel le maire reste donc prudent. Le cinéma en plein air a trouvé son public cet été ; pour une salle permanente, l’histoire reste encore à écrire.
Le cinéma, un vieux feuilleton seynois
Difficile à imaginer aujourd’hui : en 1944, La Seyne comptait encore quatre cinémas : le Rex, l’Odéon, le Comoedia et les Variétés. Depuis leur disparition, le retour d’une véritable salle est devenu un feuilleton qui traverse les municipalités.
Sous Marc Vuillemot, neuf salles doivent voir le jour dans l’Atelier mécanique des anciens chantiers. Mais les recours s’accumulent et retardent le projet. En 2019, le maire évoque « un tiers de siècle d’embûches, pas toujours fortuites ».
En 2021, Nathalie Bicais abandonne finalement l’implantation du cinéma dans l’Atelier mécanique. Quelques mois plus tard, le grand écran revient sous une autre forme : un partenariat entre la Ville, le casino Joa et Ciné 83 permet de proposer des séances chaque semaine.
Cinq ans plus tard, le feuilleton n’est toujours pas terminé. Dans les tribunes municipales de l’été 2026, le groupe d’opposition La Seyne, notre priorité remet le sujet sur la table : « Où en est le projet de cinéma ? »
En 1923, un film seynois fait scandale
Cinéma et politique entretenaient déjà des rapports mouvementés à La Seyne il y a plus d’un siècle.
En 1923, un cinéma de la commune se retrouve au cœur d’une affaire qui gagne jusqu’à la presse nationale. Son directeur projette Les Plus Forts, un film de Raoul Walsh adapté d’un roman de Georges Clemenceau.
L’œuvre dispose pourtant d’un visa ministériel, mais l’administration préfectorale du Var estime localement qu’elle peut porter atteinte à « l’ordre, la morale et la tranquillité publique ». Son intrigue, autour notamment d’une femme mariée amoureuse d’un autre homme, bouscule alors les conventions morales de l’époque.
L’exploitant est poursuivi devant le tribunal de simple police et condamné.
L’affaire fait réagir Ciné-Journal. Dans son édition du 1er mai 1923, la grande revue professionnelle prend la défense du directeur seynois et relève surtout un savoureux paradoxe : le préfet du Var avait auparavant été chef de cabinet de Clemenceau, l’auteur même du roman porté à l’écran.
L’histoire dépassera même la France : le 20 août 1923, le magazine américain Time évoque à son tour l’affaire seynoise.
Plus d’un siècle plus tard, les enjeux ont changé. Mais l’anecdote rappelle que, à La Seyne, cinéma et politique ont une longue histoire commune.










