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dimanche 1 novembre 2026
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Daniel Carini, un aïoli et trois siècles de souvenirs six-fournais

Vainqueur du concours d’aïoli organisé ce week-end par la Ville, place Jean-Jaurès, Daniel Carini, dit « Bogou », n’a rien perdu des traditions de ses anciens. Derrière son mortier et son pilon vieux de près de 200 ans, c’est aussi la mémoire d’un Six-Fours rural, entre jardins, forêt et Méditerranée, qu’il fait revivre.

Dans la forêt de Six-Fours, Daniel Carini connaît des endroits dont les noms ne figurent pas toujours sur les cartes. Des coins à asperges, des passages à champignons, mais aussi des rochers sur lesquels les derniers chevriers auraient gravé les silhouettes des bateaux qu’ils observaient entrer dans la baie tout en surveillant leurs troupeaux. Autant de traces d’un temps où les habitants vivaient au rythme des saisons et des ressources de leur territoire.

Cette mémoire, Daniel la cultive depuis l’enfance. Et parmi les souvenirs les plus vivaces figure celui de son grand-père préparant l’aïoli, sous le regard des pitchouns. Mais attention à ne pas faire trop de bruit ! « C’était sacré. Il fallait de la concentration, sinon on pouvait vite le rater. » Lorsque les enfants s’agitaient trop, le grand-père appelait sa femme en provençal pour qu’elle les fasse taire, au risque de « caguer l’aïoli ».

Près de deux siècles plus tard, le pilon familial est toujours là. Transmis de génération en génération, il accompagne désormais Daniel, dont la famille est établie à Six-Fours depuis au moins 300 ans.

L’aïoli, un repas qui ne coûtait presque rien

Bien avant de devenir l’objet de concours, l’aïoli était surtout une occasion de se retrouver. « On faisait l’aïoli dans le quartier, dans le village, en famille. Généralement, c’était quand on ne travaillait pas. »

Le principe était simple : chacun contribuait au repas avec les moyens du bord. Quelques pommes de terre, des carottes, des œufs, du poisson et, bien sûr, de l’ail et de l’huile d’olive. « Ça coûtait trois fois rien, sauf l’huile, mais là encore, certains possédaient des oliviers, alors ça venait de la récolte. »

Dans ce Six-Fours encore agricole, les habitants disposaient souvent de leurs propres ressources. On cultivait son jardin, on élevait quelques animaux, on pêchait ou l’on profitait des produits de la forêt. Une manière de vivre dont Daniel a conservé les habitudes. Il lui arrive encore de partir cueillir ce que la nature lui offre. « On se nourrissait ainsi. C’était la débrouille, notre petit plaisir. »

Un pilon qui tient debout et des galéjades

L’aïoli, c’était aussi l’occasion de quelques bonnes galéjades, ces plaisanteries provençales qui animaient les grandes tablées. « Ce sont des boutades entre les gens », explique Daniel.

Et de ce côté-là, les traditions ont manifestement la vie dure. Lors du concours organisé place Jean-Jaurès, auquel son fils l’avait inscrit sans même le prévenir, Daniel n’a pas échappé aux moqueries amicales. « Tu as mis le pilon au frais ? Sinon elle ne va pas monter ! »

Lorsque son aïoli a pris suffisamment de consistance pour maintenir le vieux pilon à la verticale, les plaisanteries ont redoublé. Certains l’ont même soupçonné d’avoir ajouté quelques « petites pilules bleues » à sa recette !

Son secret est pourtant bien plus traditionnel : « C’est surtout le tour de main. Et le cœur, bien évidemment. »

Daniel ne s’attendait pas à remporter le concours. Les préparations étaient soumises à un jury qui les dégustait à l’aveugle, dans des pots numérotés. Mais les visiteurs venus goûter les sauces lui avaient déjà laissé entendre que la sienne sortait du lot. Le verdict leur a donné raison.

Une victoire pour Daniel Carini, ou plutôt pour « Bogou », ce surnom hérité de son père, ainsi appelé parce qu’il était, selon son fils, « un petit peu pêcheur, un petit peu chasseur et un petit peu menteur ».

Quand le Jaumard vivait au rythme des champs

Derrière l’amateur d’aïoli se cache aussi un témoin d’un Six-Fours aujourd’hui disparu. Daniel a grandi au Jaumard, à une époque où les maisons étaient entourées de « champs à perte de vue », de poules, de lapins et de cultures de blé.

La vie y était rude et les équipements rudimentaires. « On vivait comme au Moyen Âge », se souvient-il. Pas d’eau courante, pas de tout-à-l’égout. Dès l’âge de sept ans, il devait aller puiser de l’eau pour sa mère, malade du cœur, avant de prendre à pied le chemin de l’école, « qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige ».

Pour autant, les familles trouvaient de quoi se nourrir grâce aux cultures et aux animaux. Les enfants participaient eux aussi aux travaux agricoles. Daniel se rappelle les vendanges et cet agriculteur qui installait les pitchouns sur une planche tirée par une vache afin de tasser la terre. Une tâche qui ressemblait davantage à une partie de plaisir pour les plus jeunes.

Screenshot

La forêt, dernier refuge des souvenirs

De cette enfance, Daniel a gardé une connaissance intime de la forêt six-fournaise. « Dans la forêt, il y a tout », assure-t-il. Les plantes comestibles, les champignons, le gibier, mais également les histoires transmises par les générations précédentes.

Son père, par exemple, annonçait parfois qu’il allait chercher la bécasse « près du tombeau des jumeaux », un de ces lieux-dits dont la mémoire s’est conservée oralement.

Daniel se souvient également des grandes arrivées d’oiseaux, par milliers, qui venaient passer la nuit dans les arbres. Son père en prélevait quelques-uns au fusil, qui terminaient ensuite en brochettes à la maison. Puis ces rassemblements ont progressivement disparu. Si la chasse a souvent été mise en cause, Daniel estime que l’usage des pesticides a également contribué à cette raréfaction.

Aujourd’hui, il continue de parcourir les mêmes sentiers, attentif aux traces et aux récits laissés par ceux qui l’ont précédé. Car au-delà des documents d’archives, il existe une autre histoire de Six-Fours, faite de souvenirs, de noms de lieux et de traditions populaires. Une mémoire vivante que, selon ses mots, « les anciens sont prêts à donner à qui sait les entendre ».

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Daniel Carini, un aïoli et trois siècles de souvenirs six-fournais

Vainqueur du concours d’aïoli organisé ce week-end par la Ville, place Jean-Jaurès, Daniel Carini, dit « Bogou », n’a rien perdu des traditions de ses anciens. Derrière son mortier et son pilon vieux de près de 200 ans, c’est aussi la mémoire d’un Six-Fours rural, entre jardins, forêt et Méditerranée, qu’il fait revivre.

Dans la forêt de Six-Fours, Daniel Carini connaît des endroits dont les noms ne figurent pas toujours sur les cartes. Des coins à asperges, des passages à champignons, mais aussi des rochers sur lesquels les derniers chevriers auraient gravé les silhouettes des bateaux qu’ils observaient entrer dans la baie tout en surveillant leurs troupeaux. Autant de traces d’un temps où les habitants vivaient au rythme des saisons et des ressources de leur territoire.

Cette mémoire, Daniel la cultive depuis l’enfance. Et parmi les souvenirs les plus vivaces figure celui de son grand-père préparant l’aïoli, sous le regard des pitchouns. Mais attention à ne pas faire trop de bruit ! « C’était sacré. Il fallait de la concentration, sinon on pouvait vite le rater. » Lorsque les enfants s’agitaient trop, le grand-père appelait sa femme en provençal pour qu’elle les fasse taire, au risque de « caguer l’aïoli ».

Près de deux siècles plus tard, le pilon familial est toujours là. Transmis de génération en génération, il accompagne désormais Daniel, dont la famille est établie à Six-Fours depuis au moins 300 ans.

L’aïoli, un repas qui ne coûtait presque rien

Bien avant de devenir l’objet de concours, l’aïoli était surtout une occasion de se retrouver. « On faisait l’aïoli dans le quartier, dans le village, en famille. Généralement, c’était quand on ne travaillait pas. »

Le principe était simple : chacun contribuait au repas avec les moyens du bord. Quelques pommes de terre, des carottes, des œufs, du poisson et, bien sûr, de l’ail et de l’huile d’olive. « Ça coûtait trois fois rien, sauf l’huile, mais là encore, certains possédaient des oliviers, alors ça venait de la récolte. »

Dans ce Six-Fours encore agricole, les habitants disposaient souvent de leurs propres ressources. On cultivait son jardin, on élevait quelques animaux, on pêchait ou l’on profitait des produits de la forêt. Une manière de vivre dont Daniel a conservé les habitudes. Il lui arrive encore de partir cueillir ce que la nature lui offre. « On se nourrissait ainsi. C’était la débrouille, notre petit plaisir. »

Un pilon qui tient debout et des galéjades

L’aïoli, c’était aussi l’occasion de quelques bonnes galéjades, ces plaisanteries provençales qui animaient les grandes tablées. « Ce sont des boutades entre les gens », explique Daniel.

Et de ce côté-là, les traditions ont manifestement la vie dure. Lors du concours organisé place Jean-Jaurès, auquel son fils l’avait inscrit sans même le prévenir, Daniel n’a pas échappé aux moqueries amicales. « Tu as mis le pilon au frais ? Sinon elle ne va pas monter ! »

Lorsque son aïoli a pris suffisamment de consistance pour maintenir le vieux pilon à la verticale, les plaisanteries ont redoublé. Certains l’ont même soupçonné d’avoir ajouté quelques « petites pilules bleues » à sa recette !

Son secret est pourtant bien plus traditionnel : « C’est surtout le tour de main. Et le cœur, bien évidemment. »

Daniel ne s’attendait pas à remporter le concours. Les préparations étaient soumises à un jury qui les dégustait à l’aveugle, dans des pots numérotés. Mais les visiteurs venus goûter les sauces lui avaient déjà laissé entendre que la sienne sortait du lot. Le verdict leur a donné raison.

Une victoire pour Daniel Carini, ou plutôt pour « Bogou », ce surnom hérité de son père, ainsi appelé parce qu’il était, selon son fils, « un petit peu pêcheur, un petit peu chasseur et un petit peu menteur ».

Quand le Jaumard vivait au rythme des champs

Derrière l’amateur d’aïoli se cache aussi un témoin d’un Six-Fours aujourd’hui disparu. Daniel a grandi au Jaumard, à une époque où les maisons étaient entourées de « champs à perte de vue », de poules, de lapins et de cultures de blé.

La vie y était rude et les équipements rudimentaires. « On vivait comme au Moyen Âge », se souvient-il. Pas d’eau courante, pas de tout-à-l’égout. Dès l’âge de sept ans, il devait aller puiser de l’eau pour sa mère, malade du cœur, avant de prendre à pied le chemin de l’école, « qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige ».

Pour autant, les familles trouvaient de quoi se nourrir grâce aux cultures et aux animaux. Les enfants participaient eux aussi aux travaux agricoles. Daniel se rappelle les vendanges et cet agriculteur qui installait les pitchouns sur une planche tirée par une vache afin de tasser la terre. Une tâche qui ressemblait davantage à une partie de plaisir pour les plus jeunes.

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La forêt, dernier refuge des souvenirs

De cette enfance, Daniel a gardé une connaissance intime de la forêt six-fournaise. « Dans la forêt, il y a tout », assure-t-il. Les plantes comestibles, les champignons, le gibier, mais également les histoires transmises par les générations précédentes.

Son père, par exemple, annonçait parfois qu’il allait chercher la bécasse « près du tombeau des jumeaux », un de ces lieux-dits dont la mémoire s’est conservée oralement.

Daniel se souvient également des grandes arrivées d’oiseaux, par milliers, qui venaient passer la nuit dans les arbres. Son père en prélevait quelques-uns au fusil, qui terminaient ensuite en brochettes à la maison. Puis ces rassemblements ont progressivement disparu. Si la chasse a souvent été mise en cause, Daniel estime que l’usage des pesticides a également contribué à cette raréfaction.

Aujourd’hui, il continue de parcourir les mêmes sentiers, attentif aux traces et aux récits laissés par ceux qui l’ont précédé. Car au-delà des documents d’archives, il existe une autre histoire de Six-Fours, faite de souvenirs, de noms de lieux et de traditions populaires. Une mémoire vivante que, selon ses mots, « les anciens sont prêts à donner à qui sait les entendre ».

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Daniel Carini, un aïoli et trois siècles de souvenirs six-fournais

Vainqueur du concours d’aïoli organisé ce week-end par la Ville, place Jean-Jaurès, Daniel Carini, dit « Bogou », n’a rien perdu des traditions de ses anciens. Derrière son mortier et son pilon vieux de près de 200 ans, c’est aussi la mémoire d’un Six-Fours rural, entre jardins, forêt et Méditerranée, qu’il fait revivre.

Dans la forêt de Six-Fours, Daniel Carini connaît des endroits dont les noms ne figurent pas toujours sur les cartes. Des coins à asperges, des passages à champignons, mais aussi des rochers sur lesquels les derniers chevriers auraient gravé les silhouettes des bateaux qu’ils observaient entrer dans la baie tout en surveillant leurs troupeaux. Autant de traces d’un temps où les habitants vivaient au rythme des saisons et des ressources de leur territoire.

Cette mémoire, Daniel la cultive depuis l’enfance. Et parmi les souvenirs les plus vivaces figure celui de son grand-père préparant l’aïoli, sous le regard des pitchouns. Mais attention à ne pas faire trop de bruit ! « C’était sacré. Il fallait de la concentration, sinon on pouvait vite le rater. » Lorsque les enfants s’agitaient trop, le grand-père appelait sa femme en provençal pour qu’elle les fasse taire, au risque de « caguer l’aïoli ».

Près de deux siècles plus tard, le pilon familial est toujours là. Transmis de génération en génération, il accompagne désormais Daniel, dont la famille est établie à Six-Fours depuis au moins 300 ans.

L’aïoli, un repas qui ne coûtait presque rien

Bien avant de devenir l’objet de concours, l’aïoli était surtout une occasion de se retrouver. « On faisait l’aïoli dans le quartier, dans le village, en famille. Généralement, c’était quand on ne travaillait pas. »

Le principe était simple : chacun contribuait au repas avec les moyens du bord. Quelques pommes de terre, des carottes, des œufs, du poisson et, bien sûr, de l’ail et de l’huile d’olive. « Ça coûtait trois fois rien, sauf l’huile, mais là encore, certains possédaient des oliviers, alors ça venait de la récolte. »

Dans ce Six-Fours encore agricole, les habitants disposaient souvent de leurs propres ressources. On cultivait son jardin, on élevait quelques animaux, on pêchait ou l’on profitait des produits de la forêt. Une manière de vivre dont Daniel a conservé les habitudes. Il lui arrive encore de partir cueillir ce que la nature lui offre. « On se nourrissait ainsi. C’était la débrouille, notre petit plaisir. »

Un pilon qui tient debout et des galéjades

L’aïoli, c’était aussi l’occasion de quelques bonnes galéjades, ces plaisanteries provençales qui animaient les grandes tablées. « Ce sont des boutades entre les gens », explique Daniel.

Et de ce côté-là, les traditions ont manifestement la vie dure. Lors du concours organisé place Jean-Jaurès, auquel son fils l’avait inscrit sans même le prévenir, Daniel n’a pas échappé aux moqueries amicales. « Tu as mis le pilon au frais ? Sinon elle ne va pas monter ! »

Lorsque son aïoli a pris suffisamment de consistance pour maintenir le vieux pilon à la verticale, les plaisanteries ont redoublé. Certains l’ont même soupçonné d’avoir ajouté quelques « petites pilules bleues » à sa recette !

Son secret est pourtant bien plus traditionnel : « C’est surtout le tour de main. Et le cœur, bien évidemment. »

Daniel ne s’attendait pas à remporter le concours. Les préparations étaient soumises à un jury qui les dégustait à l’aveugle, dans des pots numérotés. Mais les visiteurs venus goûter les sauces lui avaient déjà laissé entendre que la sienne sortait du lot. Le verdict leur a donné raison.

Une victoire pour Daniel Carini, ou plutôt pour « Bogou », ce surnom hérité de son père, ainsi appelé parce qu’il était, selon son fils, « un petit peu pêcheur, un petit peu chasseur et un petit peu menteur ».

Quand le Jaumard vivait au rythme des champs

Derrière l’amateur d’aïoli se cache aussi un témoin d’un Six-Fours aujourd’hui disparu. Daniel a grandi au Jaumard, à une époque où les maisons étaient entourées de « champs à perte de vue », de poules, de lapins et de cultures de blé.

La vie y était rude et les équipements rudimentaires. « On vivait comme au Moyen Âge », se souvient-il. Pas d’eau courante, pas de tout-à-l’égout. Dès l’âge de sept ans, il devait aller puiser de l’eau pour sa mère, malade du cœur, avant de prendre à pied le chemin de l’école, « qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige ».

Pour autant, les familles trouvaient de quoi se nourrir grâce aux cultures et aux animaux. Les enfants participaient eux aussi aux travaux agricoles. Daniel se rappelle les vendanges et cet agriculteur qui installait les pitchouns sur une planche tirée par une vache afin de tasser la terre. Une tâche qui ressemblait davantage à une partie de plaisir pour les plus jeunes.

Screenshot

La forêt, dernier refuge des souvenirs

De cette enfance, Daniel a gardé une connaissance intime de la forêt six-fournaise. « Dans la forêt, il y a tout », assure-t-il. Les plantes comestibles, les champignons, le gibier, mais également les histoires transmises par les générations précédentes.

Son père, par exemple, annonçait parfois qu’il allait chercher la bécasse « près du tombeau des jumeaux », un de ces lieux-dits dont la mémoire s’est conservée oralement.

Daniel se souvient également des grandes arrivées d’oiseaux, par milliers, qui venaient passer la nuit dans les arbres. Son père en prélevait quelques-uns au fusil, qui terminaient ensuite en brochettes à la maison. Puis ces rassemblements ont progressivement disparu. Si la chasse a souvent été mise en cause, Daniel estime que l’usage des pesticides a également contribué à cette raréfaction.

Aujourd’hui, il continue de parcourir les mêmes sentiers, attentif aux traces et aux récits laissés par ceux qui l’ont précédé. Car au-delà des documents d’archives, il existe une autre histoire de Six-Fours, faite de souvenirs, de noms de lieux et de traditions populaires. Une mémoire vivante que, selon ses mots, « les anciens sont prêts à donner à qui sait les entendre ».

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Vainqueur du concours d’aïoli organisé ce week-end par la Ville, place Jean-Jaurès, Daniel Carini, dit « Bogou », n’a rien perdu des traditions de ses anciens. Derrière son mortier et son pilon vieux de près de 200 ans, c’est aussi la mémoire d’un Six-Fours rural, entre jardins, forêt et Méditerranée, qu’il fait revivre.

Dans la forêt de Six-Fours, Daniel Carini connaît des endroits dont les noms ne figurent pas toujours sur les cartes. Des coins à asperges, des passages à champignons, mais aussi des rochers sur lesquels les derniers chevriers auraient gravé les silhouettes des bateaux qu’ils observaient entrer dans la baie tout en surveillant leurs troupeaux. Autant de traces d’un temps où les habitants vivaient au rythme des saisons et des ressources de leur territoire.

Cette mémoire, Daniel la cultive depuis l’enfance. Et parmi les souvenirs les plus vivaces figure celui de son grand-père préparant l’aïoli, sous le regard des pitchouns. Mais attention à ne pas faire trop de bruit ! « C’était sacré. Il fallait de la concentration, sinon on pouvait vite le rater. » Lorsque les enfants s’agitaient trop, le grand-père appelait sa femme en provençal pour qu’elle les fasse taire, au risque de « caguer l’aïoli ».

Près de deux siècles plus tard, le pilon familial est toujours là. Transmis de génération en génération, il accompagne désormais Daniel, dont la famille est établie à Six-Fours depuis au moins 300 ans.

L’aïoli, un repas qui ne coûtait presque rien

Bien avant de devenir l’objet de concours, l’aïoli était surtout une occasion de se retrouver. « On faisait l’aïoli dans le quartier, dans le village, en famille. Généralement, c’était quand on ne travaillait pas. »

Le principe était simple : chacun contribuait au repas avec les moyens du bord. Quelques pommes de terre, des carottes, des œufs, du poisson et, bien sûr, de l’ail et de l’huile d’olive. « Ça coûtait trois fois rien, sauf l’huile, mais là encore, certains possédaient des oliviers, alors ça venait de la récolte. »

Dans ce Six-Fours encore agricole, les habitants disposaient souvent de leurs propres ressources. On cultivait son jardin, on élevait quelques animaux, on pêchait ou l’on profitait des produits de la forêt. Une manière de vivre dont Daniel a conservé les habitudes. Il lui arrive encore de partir cueillir ce que la nature lui offre. « On se nourrissait ainsi. C’était la débrouille, notre petit plaisir. »

Un pilon qui tient debout et des galéjades

L’aïoli, c’était aussi l’occasion de quelques bonnes galéjades, ces plaisanteries provençales qui animaient les grandes tablées. « Ce sont des boutades entre les gens », explique Daniel.

Et de ce côté-là, les traditions ont manifestement la vie dure. Lors du concours organisé place Jean-Jaurès, auquel son fils l’avait inscrit sans même le prévenir, Daniel n’a pas échappé aux moqueries amicales. « Tu as mis le pilon au frais ? Sinon elle ne va pas monter ! »

Lorsque son aïoli a pris suffisamment de consistance pour maintenir le vieux pilon à la verticale, les plaisanteries ont redoublé. Certains l’ont même soupçonné d’avoir ajouté quelques « petites pilules bleues » à sa recette !

Son secret est pourtant bien plus traditionnel : « C’est surtout le tour de main. Et le cœur, bien évidemment. »

Daniel ne s’attendait pas à remporter le concours. Les préparations étaient soumises à un jury qui les dégustait à l’aveugle, dans des pots numérotés. Mais les visiteurs venus goûter les sauces lui avaient déjà laissé entendre que la sienne sortait du lot. Le verdict leur a donné raison.

Une victoire pour Daniel Carini, ou plutôt pour « Bogou », ce surnom hérité de son père, ainsi appelé parce qu’il était, selon son fils, « un petit peu pêcheur, un petit peu chasseur et un petit peu menteur ».

Quand le Jaumard vivait au rythme des champs

Derrière l’amateur d’aïoli se cache aussi un témoin d’un Six-Fours aujourd’hui disparu. Daniel a grandi au Jaumard, à une époque où les maisons étaient entourées de « champs à perte de vue », de poules, de lapins et de cultures de blé.

La vie y était rude et les équipements rudimentaires. « On vivait comme au Moyen Âge », se souvient-il. Pas d’eau courante, pas de tout-à-l’égout. Dès l’âge de sept ans, il devait aller puiser de l’eau pour sa mère, malade du cœur, avant de prendre à pied le chemin de l’école, « qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige ».

Pour autant, les familles trouvaient de quoi se nourrir grâce aux cultures et aux animaux. Les enfants participaient eux aussi aux travaux agricoles. Daniel se rappelle les vendanges et cet agriculteur qui installait les pitchouns sur une planche tirée par une vache afin de tasser la terre. Une tâche qui ressemblait davantage à une partie de plaisir pour les plus jeunes.

Screenshot

La forêt, dernier refuge des souvenirs

De cette enfance, Daniel a gardé une connaissance intime de la forêt six-fournaise. « Dans la forêt, il y a tout », assure-t-il. Les plantes comestibles, les champignons, le gibier, mais également les histoires transmises par les générations précédentes.

Son père, par exemple, annonçait parfois qu’il allait chercher la bécasse « près du tombeau des jumeaux », un de ces lieux-dits dont la mémoire s’est conservée oralement.

Daniel se souvient également des grandes arrivées d’oiseaux, par milliers, qui venaient passer la nuit dans les arbres. Son père en prélevait quelques-uns au fusil, qui terminaient ensuite en brochettes à la maison. Puis ces rassemblements ont progressivement disparu. Si la chasse a souvent été mise en cause, Daniel estime que l’usage des pesticides a également contribué à cette raréfaction.

Aujourd’hui, il continue de parcourir les mêmes sentiers, attentif aux traces et aux récits laissés par ceux qui l’ont précédé. Car au-delà des documents d’archives, il existe une autre histoire de Six-Fours, faite de souvenirs, de noms de lieux et de traditions populaires. Une mémoire vivante que, selon ses mots, « les anciens sont prêts à donner à qui sait les entendre ».

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