Installé aujourd’hui à Six-Fours, où il passe sa retraite, l’ancien général de gendarmerie Philippe de Boyssere a accepté de répondre à nos questions. Il revient sur une carrière marquée par le terrain, les affaires sensibles et les enjeux internationaux, jusqu’aux plus hautes sphères de l’État.
Rien, au départ, ne semblait conduire Philippe de Boysere vers une carrière militaire. Son père, comptable de profession, nourrissait pourtant depuis toujours une fascination pour son propre service militaire. « À 98 ans, il en parle encore », sourit-il. Après des études au lycée Henri-IV puis une formation à Saint-Cyr, Philippe de Boysere choisit finalement la gendarmerie mobile. Un choix qui va l’amener aussi bien sur des terrains de crise en outre-mer qu’au cœur des plus hautes sphères de l’État.
La Guadeloupe et le choc du terrain :
Dans les années 1980, il est envoyé en Guadeloupe. Une affectation marquante, dans un territoire où les missions mêlent maintien de l’ordre, sécurité publique et affaires criminelles parfois particulièrement violentes.
Parmi elles, une enquête reste profondément ancrée dans sa mémoire : l’affaire dite de la Pointe des Châteaux. Deux jeunes touristes métropolitaines y sont retrouvées assassinées dans ce secteur isolé de Saint-François, à l’extrémité est de la Grande-Terre. L’affaire provoque alors une vive émotion dans l’archipel comme en métropole.

Philippe de Boysere dirige l’équipe chargée des investigations. À l’époque, les moyens scientifiques sont encore limités. « On n’avait ni vidéosurveillance, ni informatique comme aujourd’hui. Une grande partie du travail reposait sur le terrain et les témoignages », se souvient-il. L’enquête permettra finalement d’identifier plusieurs auteurs impliqués dans des vols commis sur des véhicules de touristes. Les victimes s’étaient retrouvées isolées après la tombée rapide de la nuit.
L’ouragan Hugo et le chaos après la tempête :
Quelques années plus tard, un autre drame frappe la Guadeloupe : l’ouragan Hugo. En septembre 1989, le cyclone dévaste une partie des Antilles françaises avec des rafales dépassant parfois les 250 km/h.
Sur place, les gendarmes découvrent des quartiers défigurés. « Certaines maisons avaient littéralement disparu », raconte-t-il. Les équipes sont mobilisées pour sécuriser les zones sinistrées, faciliter l’accès à l’eau et aux produits de première nécessité, mais aussi rechercher des disparus.
Saint-Tropez, Johnny Hallyday et les nuits d’Eddie Barclay :
De retour en métropole, Philippe de Boysere prend ensuite le commandement de la compagnie de gendarmerie de Fréjus. Changement total d’ambiance : la Côte d’Azur des années 1990 vit au rythme des célébrités, des soirées mondaines et des grandes fortunes.
À cette époque, la gendarmerie de Saint-Tropez est encore en activité. « Les gendarmes râlaient parfois le matin parce que des touristes passaient la nuit à photographier la brigade. Les flashs les empêchaient de dormir », raconte-t-il avec amusement.
Il participe également à la sécurisation de grands événements très médiatisés, comme le mariage de Johnny Hallyday et Adeline Blondieau, ou encore les célèbres soirées blanches organisées par Eddie Barclay à Saint-Tropez. « Il y avait évidemment de la sécurité, mais aussi beaucoup de prévention », précise-t-il.
Des missions au cœur des tensions internationales :
Au fil des années, Philippe de Boysere s’oriente progressivement vers les questions de coopération internationale et les enjeux stratégiques de la gendarmerie nationale. Une évolution qui l’amène à travailler dans un contexte marqué par la fin de la guerre froide et la recomposition des équilibres géopolitiques européens.
Il fait notamment partie des premières délégations françaises envoyées en Ukraine après la chute du mur de Berlin. Une période où de nombreux États d’Europe de l’Est réorganisent leurs institutions sécuritaires et leurs relations diplomatiques.
En 1993, il participe également à une mission en Tunisie organisée par le Centre des hautes études d’Afrique et d’Asie modernes, un institut français fondé en 1936 qui forme responsables civils, militaires et diplomates aux grands enjeux géopolitiques internationaux.

Sur place, la délégation apprend au dernier moment qu’une rencontre confidentielle est prévue avec Yasser Arafat. Le contexte est alors particulièrement sensible autour de la question palestinienne. Une conférence est organisée durant laquelle le dirigeant expose le rôle de l’Organisation de libération de la Palestine dans un climat diplomatique encore fragile.
Mais un détail marque durablement Philippe de Boysere : sous la table, presque hors de la vue des invités, plusieurs kalachnikovs sont discrètement disposées. Un souvenir qui résume, selon lui, la tension permanente entourant ce type de rencontres au début des années 1990.
Dans les coulisses du ministère de l’Intérieur :
Son parcours le conduit ensuite au plus près du pouvoir politique. Il rejoint notamment le ministère de l’Intérieur sous Nicolas Sarkozy.
« Je préparais les déplacements du ministre, j’étais en lien avec les conseillers diplomatiques et les ambassadeurs. C’était un environnement extrêmement exigeant », explique-t-il.
À plusieurs reprises, il est aussi chargé de la sécurité de Jacques Chirac lors de déplacements officiels. Un épisode l’a particulièrement marqué. « Après trois jours de mission, il était monté dans son hélicoptère avant de redescendre quelques instants plus tard simplement pour venir me saluer. Il avait réalisé qu’il avait oublié de le faire. »

Les affaires sensibles en fin de carrière :
En fin de parcours, Philippe de Boyssere rejoint les services chargés des affaires internes de la gendarmerie nationale. Un poste sensible, au cœur de dossiers parfois très médiatisés, notamment liés à des affaires comme celle d’Adama Traoré.
Une fonction discrète mais essentielle, destinée à garantir le bon fonctionnement de l’institution et le traitement des dossiers sensibles.
Aujourd’hui, avec le recul, il résume son parcours simplement : « J’ai passé ma vie dans la gendarmerie. C’est une belle maison. Elle est solide. »
Similaire
Publications similaires:
- "La France n'est pas un pays comme les autres "…
- La Seyne : Formation et emploi : Prendre un nouveau…
- Témoignage : une rencontre sous haute tension avec…
- Le premier discours du premier ministre à Toulon…
- Permis de conduire : dès 2019, une formation pour…
- Une collégienne invite une rescapée d'Auschwitz à…













