Sur la veste sombre de Gaston Bosset, la Légion d’honneur brille désormais discrètement. Mais à 95 ans, l’ancien combattant préfère parler de ceux qui ne sont plus là plutôt que de cette distinction tant attendue. « J’ai eu de la chance d’en revenir. Beaucoup de mes camarades ne l’ont pas eue », confie-t-il avec sobriété.
Une vocation née très jeune
Chez les Bosset, le sens du devoir faisait déjà partie de l’histoire familiale. Son père, gendarme à La Seyne-sur-Mer au début du siècle dernier, transmet très tôt à son fils le goût de l’uniforme et de la discipline. À seulement 13 ans, Gaston rejoint une école militaire en tant qu’« enfant de troupe », un parcours réservé à de jeunes adolescents destinés à intégrer plus tard les rangs de l’armée française.
Cette formation le conduit rapidement vers l’infanterie coloniale. Au début des années 1950, alors qu’il est encore très jeune, il est envoyé en Indochine. Une période qui reste, aujourd’hui encore, profondément ancrée dans sa mémoire.
« C’est là-bas que j’ai vécu les choses les plus fortes de ma vie », souffle-t-il avec émotion. Pendant trois années, il partage le quotidien des soldats sur les zones de combat, confronté à la perte de nombreux compagnons d’armes. « J’ai vu beaucoup de camarades tomber. C’était notre réalité. »
À certains moments, les mots s’arrêtent pourtant. Comme chez beaucoup d’anciens combattants, certains souvenirs demeurent difficiles à raconter. « Il y a des choses qu’on garde en soi », glisse-t-il simplement avant de laisser le silence s’installer.
Au cours de sa carrière militaire, Gaston Bosset sera également envoyé en Algérie, au Tchad et à Madagascar.
Une nouvelle vie à La Seyne :
Après les conflits vient le retour à la vie civile. De retour à La Seyne-sur-Mer, l’ancien militaire se tourne vers la vie associative et sportive. Passionné de pétanque, il s’investit aussi durant de longues années au sein du club d’escrime de Six-Fours-les-Plages, qu’il présidera pendant une longue période.
Ceux qui l’ont côtoyé à cette époque décrivent un homme rigoureux, compétiteur et particulièrement investi. Mais beaucoup évoquent également la présence de son épouse, Mira, figure marquante à ses côtés. « C’était une femme admirable », raconte une amie présente lors de la cérémonie, avant d’ajouter avec amusement : « Gaston aimait plaisanter et profiter de la vie, mais un simple regard de sa femme suffisait à le remettre dans le droit chemin. »
« Une trace que je laisse à ma famille »
Le 8 mai dernier, lors des commémorations, Gaston Bosset a finalement reçu la Légion d’honneur après plusieurs demandes déposées au fil des années. Une reconnaissance qu’il espérait encore obtenir malgré son âge.
« Je voulais l’avoir avant mon dernier départ », explique-t-il avec pudeur. « C’est quelque chose que je pourrai transmettre à ma famille. »
Pour assister à cette cérémonie symbolique, son petit-fils avait fait le déplacement depuis l’Italie.
Au-delà de la médaille, cette distinction vient surtout rappeler le parcours d’un homme marqué par les guerres, les absences et la mémoire de ceux qui ne sont jamais revenus. À travers lui, c’est une part d’histoire vivante qui continue, discrètement, de se transmettre.












