Des départs depuis la Bourse du Travail aux longs séjours dans les montagnes de l’Isère, près de 40 000 jeunes Seynois ont fréquenté les colonies de vacances. À la Maison du Patrimoine, une exposition fait ressurgir quatre décennies de souvenirs à travers des milliers de photographies.
Il suffit parfois d’une photographie pour que tout revienne. Le départ depuis la Bourse du Travail, les heures d’autocar avant d’apercevoir les montagnes de l’Isère, les cartes postales adressées à la famille ou encore les colis attendus avec impatience loin de La Seyne. Entre les années 1950 et 1990, des milliers de jeunes Seynois ont connu ces départs en colonie de vacances.
Une histoire locale et surtout une multitude de souvenirs que la Maison du Patrimoine fait aujourd’hui ressurgir avec l’exposition « Souvenirs de colos 1950-1990 ».
Plus de 7 000 photographies conservées
Conçue par le service des archives municipales, l’exposition retrace près d’un demi-siècle de colonies de vacances à travers des centaines de photographies, des documents d’époque et des témoignages.
À l’origine de ce travail se trouve notamment un important fonds photographique entré dans les collections municipales il y a trois ans.
« Tout a commencé avec l’acquisition du fonds Chabert par la Ville en 2023 », explique Alan Virot, responsable du service des archives. « Ce fonds comprenait plus de 3 500 photographies réalisées par M. Chabert, qui se rendait régulièrement dans les colonies. Très vite, nous avons constaté que beaucoup de Seynois souhaitaient retrouver des souvenirs de cette période et parfois se reconnaître sur les photos. »
Face à cet intérêt, les recherches se poursuivent. Les archivistes se replongent dans les fonds municipaux et font également appel aux habitants afin de compléter cette mémoire.
« Aujourd’hui, nous conservons plus de 7 000 photographies liées aux colonies de vacances. Ce qui est présenté ici n’en représente qu’une petite partie », précise Alan Virot.
Deux ordinateurs permettent ainsi aux visiteurs de prolonger leurs recherches pendant l’exposition. Les fonds numérisés peuvent y être parcourus avec l’espoir de reconnaître un frère, une sœur, un parent, un camarade… ou son propre visage quelques décennies plus tôt.
À six ans, ils partaient parfois 45 jours
Pour retrouver les débuts de cette histoire, il faut remonter à la fin des années 1940. La Seyne ne dispose alors d’aucun centre de vacances. Les premiers séjours sont organisés dans des écoles ou des bâtiments mis à disposition à Digne-les-Bains, Embrun, Chélard ou encore Apinac.
Les départs rencontrent rapidement leur public. En 1954, la municipalité loue sa première véritable colonie à Bellecombe, en Isère. Le confort est encore sommaire : certains enfants dorment sous des tentes ou dans de grands marabouts de dix lits.
Les années 1960 marquent ensuite l’âge d’or des colonies seynoises. La Ville devient notamment propriétaire du château de La Motte-les-Bains, en Isère. Les jeunes partent également dans d’autres centres, à Presles, au Touvet ou à Saint-Bernard-du-Touvet.
Et les séjours sont alors bien différents de ceux que l’on pourrait imaginer aujourd’hui. Certains enfants n’ont que six ans lorsqu’ils quittent leur famille et peuvent rester en colonie pendant 45 jours. Randonnées, baignades, jeux collectifs et veillées rythment leur quotidien.
À partir de la fin des années 1970, les attentes commencent à changer. Le service jeunesse développe alors de nouvelles formules pour accompagner ces évolutions.
40 000 jeunes Seynois, une mémoire collective
Dans les années 1980, l’augmentation des frais d’entretien des bâtiments et le renforcement des normes conduisent progressivement à la revente des centres.
Une page se tourne, mais elle laisse derrière elle une histoire considérable. Selon les archives municipales, près de 40 000 jeunes Seynois auront fréquenté ces colonies de vacances. Pour plusieurs générations, elles auront représenté les premiers longs séjours loin de la famille, mais aussi des rencontres et des amitiés d’été.
Des décennies plus tard, cette mémoire continue pourtant de vivre. Car parmi les milliers de clichés désormais conservés par les archives, certains visiteurs pourraient bien, au détour de l’exposition, tomber nez à nez avec l’enfant qu’ils étaient.
Des petits Seynois aussi « rouges que laïcs » :
Lorsque les premières colonies municipales voient le jour à la fin des années 1940, la France se relève encore difficilement de la Seconde Guerre mondiale. Le rationnement alimentaire n’est officiellement supprimé qu’en 1949 et de nombreuses familles ouvrières de La Seyne n’ont jamais eu les moyens de partir en vacances. Pour beaucoup d’enfants, la colonie représente alors une découverte extraordinaire : prendre le train ou l’autocar, quitter le bord de mer pour la montagne, voir des paysages inconnus et vivre plusieurs semaines loin du foyer familial. Mais les archives conservent également une anecdote révélatrice du contexte de l’époque. Dans certains villages d’accueil, les jeunes Seynois sont parfois observés avec curiosité, voire méfiance. Issus d’une ville ouvrière alors fortement marquée à gauche, ils sont décrits par certains habitants comme étant « aussi rouges que laïcs ». Une formule restée qui illustre autant les clivages politiques de l’après-guerre que le regard porté sur ces enfants venus du littoral varois.
Infos pratiques : L’exposition « Souvenirs de colos 1950-1990 » est à découvrir à la Maison du Patrimoine, place Bourradet, 2 rue Denfert-Rochereau à La Seyne-sur-Mer. Ouverte le mardi, mercredi et jeudi de 8 h 30 à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 h, le vendredi de 8 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 h, et le samedi de 8 h 30 à 12 h 30. Entrée libre. Les fonds numérisés des Archives municipales peuvent également être consultés sur le site des Archives de La Seyne-sur-Mer.









