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vendredi 29 août 2025

La guerre dans la mémoire des Six-Fournais

La Seconde Guerre mondiale ne se lit pas seulement dans les archives municipales ou les arrêtés de Vichy. Elle vit encore dans les souvenirs, les récits et les blessures intimes des familles six-fournaises.

Béatrix Parola (née Baral) se souvient de l’irruption soudaine d’une patrouille allemande dans sa rue. Figée de peur, elle se tient droite devant les soldats qui ne réclament finalement « que » des poules et des œufs. Le choc est tel qu’elle perd la voix plusieurs jours. Elle évoque aussi les sirènes : à chaque alerte aérienne, voisins et familles couraient se réfugier dans des tunnels creusés à même la terre, espérant échapper aux bombardements.

Robert Priolio raconte ce qu’ont vécu ses grands-parents du domaine du Plan de la Mer. Leurs terres, proches de la côte, furent évacuées car jugées stratégiques. « Les caniers et les arbres fruitiers avaient été arrachés pour dégager la vue. Tout avait été fait à la main, avec des voisins réquisitionnés. Au retour, mes grands-parents ont découvert sous la maison des tonneaux de dynamite. À quelques jours près, ils n’avaient plus de demeure. »

Lucien Brémond, héritier d’une famille de vignerons à la Mourette, garde en mémoire les Allemands qui avaient « une vue parfaite sur la baie ». Ils installèrent une batterie au-dessus de la ferme et firent évacuer sa famille. Son père fut envoyé au STO, contraint d’arracher des vignes en Allemagne : « Il en était malade », confie-t-il.

Léon Dodero, fils de pêcheurs, se rappelle des stratagèmes pour sauver les plus beaux poissons : ils étaient dissimulés sous les planches des barques, tandis que gobes et maquereaux étaient livrés aux soldats.

André Mercheyer évoque quant à lui l’immédiat après-guerre. Dans les exploitations agricoles, des prisonniers allemands étaient envoyés comme main-d’œuvre. Chez lui, un adolescent, à peine plus âgé que son père, devint un ami. Leur lien fut si fort qu’il revint en vacances dans la famille plusieurs décennies plus tard.

Ces récits intimes s’entremêlent aux grandes réalités de l’époque :

Dès janvier 1940, la guerre s’immisce dans la vie quotidienne. Les écoles ne peuvent plus être chauffées, faute de bois et de charbon. Les restrictions frappent tous les foyers : alcool, essence, viande. Au printemps, pour pallier la faim, une soupe gratuite est distribuée à l’école du Brusc.

Sous Vichy, une nouvelle vie municipale

En juin 1941, accusés de « propagande gaulliste », les élus municipaux adressent leur démission au sous-préfet. Une nouvelle équipe, menée par Jules Marquand, prend le relais. Le 9 août, la place Jean-Jaurès est rebaptisée place Maréchal-Pétain, et la « Croix de la famille française » est remise à une mère de famille devant les élèves de la Coudoulière : autant de symboles d’une République effacée par le régime de Vichy.

L’Occupation : réquisitions, pillages et destructions

Décembre 1942 marque un tournant avec l’arrivée des troupes allemandes. Le rapport municipal dénonce les premières exactions : barques du Brusc réquisitionnées puis rendues inutilisables, pêche à la grenade, mobilier brûlé pour faire du bois de chauffage, prairies et cultures saccagées par les manœuvres militaires.
En janvier 1943, les troupes italiennes sont elles aussi pointées du doigt. Le rapport est sans appel : « Les cultures sont littéralement mises au pillage si bien qu’aucun apport en légumes n’a lieu sur le marché, ce qui compromet gravement le ravitaillement de la population. (…) Certains hommes n’hésitent pas à se présenter chez l’habitant, baïonnette au canon, exigeant la vente de légumes ou de lapins. »

Avec l’aimable participation des amis du patrimoine de Six-Fours.

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La guerre dans la mémoire des Six-Fournais

La Seconde Guerre mondiale ne se lit pas seulement dans les archives municipales ou les arrêtés de Vichy. Elle vit encore dans les souvenirs, les récits et les blessures intimes des familles six-fournaises.

Béatrix Parola (née Baral) se souvient de l’irruption soudaine d’une patrouille allemande dans sa rue. Figée de peur, elle se tient droite devant les soldats qui ne réclament finalement « que » des poules et des œufs. Le choc est tel qu’elle perd la voix plusieurs jours. Elle évoque aussi les sirènes : à chaque alerte aérienne, voisins et familles couraient se réfugier dans des tunnels creusés à même la terre, espérant échapper aux bombardements.

Robert Priolio raconte ce qu’ont vécu ses grands-parents du domaine du Plan de la Mer. Leurs terres, proches de la côte, furent évacuées car jugées stratégiques. « Les caniers et les arbres fruitiers avaient été arrachés pour dégager la vue. Tout avait été fait à la main, avec des voisins réquisitionnés. Au retour, mes grands-parents ont découvert sous la maison des tonneaux de dynamite. À quelques jours près, ils n’avaient plus de demeure. »

Lucien Brémond, héritier d’une famille de vignerons à la Mourette, garde en mémoire les Allemands qui avaient « une vue parfaite sur la baie ». Ils installèrent une batterie au-dessus de la ferme et firent évacuer sa famille. Son père fut envoyé au STO, contraint d’arracher des vignes en Allemagne : « Il en était malade », confie-t-il.

Léon Dodero, fils de pêcheurs, se rappelle des stratagèmes pour sauver les plus beaux poissons : ils étaient dissimulés sous les planches des barques, tandis que gobes et maquereaux étaient livrés aux soldats.

André Mercheyer évoque quant à lui l’immédiat après-guerre. Dans les exploitations agricoles, des prisonniers allemands étaient envoyés comme main-d’œuvre. Chez lui, un adolescent, à peine plus âgé que son père, devint un ami. Leur lien fut si fort qu’il revint en vacances dans la famille plusieurs décennies plus tard.

Ces récits intimes s’entremêlent aux grandes réalités de l’époque :

Dès janvier 1940, la guerre s’immisce dans la vie quotidienne. Les écoles ne peuvent plus être chauffées, faute de bois et de charbon. Les restrictions frappent tous les foyers : alcool, essence, viande. Au printemps, pour pallier la faim, une soupe gratuite est distribuée à l’école du Brusc.

Sous Vichy, une nouvelle vie municipale

En juin 1941, accusés de « propagande gaulliste », les élus municipaux adressent leur démission au sous-préfet. Une nouvelle équipe, menée par Jules Marquand, prend le relais. Le 9 août, la place Jean-Jaurès est rebaptisée place Maréchal-Pétain, et la « Croix de la famille française » est remise à une mère de famille devant les élèves de la Coudoulière : autant de symboles d’une République effacée par le régime de Vichy.

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Décembre 1942 marque un tournant avec l’arrivée des troupes allemandes. Le rapport municipal dénonce les premières exactions : barques du Brusc réquisitionnées puis rendues inutilisables, pêche à la grenade, mobilier brûlé pour faire du bois de chauffage, prairies et cultures saccagées par les manœuvres militaires.
En janvier 1943, les troupes italiennes sont elles aussi pointées du doigt. Le rapport est sans appel : « Les cultures sont littéralement mises au pillage si bien qu’aucun apport en légumes n’a lieu sur le marché, ce qui compromet gravement le ravitaillement de la population. (…) Certains hommes n’hésitent pas à se présenter chez l’habitant, baïonnette au canon, exigeant la vente de légumes ou de lapins. »

Avec l’aimable participation des amis du patrimoine de Six-Fours.

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Robert Priolio raconte ce qu’ont vécu ses grands-parents du domaine du Plan de la Mer. Leurs terres, proches de la côte, furent évacuées car jugées stratégiques. « Les caniers et les arbres fruitiers avaient été arrachés pour dégager la vue. Tout avait été fait à la main, avec des voisins réquisitionnés. Au retour, mes grands-parents ont découvert sous la maison des tonneaux de dynamite. À quelques jours près, ils n’avaient plus de demeure. »

Lucien Brémond, héritier d’une famille de vignerons à la Mourette, garde en mémoire les Allemands qui avaient « une vue parfaite sur la baie ». Ils installèrent une batterie au-dessus de la ferme et firent évacuer sa famille. Son père fut envoyé au STO, contraint d’arracher des vignes en Allemagne : « Il en était malade », confie-t-il.

Léon Dodero, fils de pêcheurs, se rappelle des stratagèmes pour sauver les plus beaux poissons : ils étaient dissimulés sous les planches des barques, tandis que gobes et maquereaux étaient livrés aux soldats.

André Mercheyer évoque quant à lui l’immédiat après-guerre. Dans les exploitations agricoles, des prisonniers allemands étaient envoyés comme main-d’œuvre. Chez lui, un adolescent, à peine plus âgé que son père, devint un ami. Leur lien fut si fort qu’il revint en vacances dans la famille plusieurs décennies plus tard.

Ces récits intimes s’entremêlent aux grandes réalités de l’époque :

Dès janvier 1940, la guerre s’immisce dans la vie quotidienne. Les écoles ne peuvent plus être chauffées, faute de bois et de charbon. Les restrictions frappent tous les foyers : alcool, essence, viande. Au printemps, pour pallier la faim, une soupe gratuite est distribuée à l’école du Brusc.

Sous Vichy, une nouvelle vie municipale

En juin 1941, accusés de « propagande gaulliste », les élus municipaux adressent leur démission au sous-préfet. Une nouvelle équipe, menée par Jules Marquand, prend le relais. Le 9 août, la place Jean-Jaurès est rebaptisée place Maréchal-Pétain, et la « Croix de la famille française » est remise à une mère de famille devant les élèves de la Coudoulière : autant de symboles d’une République effacée par le régime de Vichy.

L’Occupation : réquisitions, pillages et destructions

Décembre 1942 marque un tournant avec l’arrivée des troupes allemandes. Le rapport municipal dénonce les premières exactions : barques du Brusc réquisitionnées puis rendues inutilisables, pêche à la grenade, mobilier brûlé pour faire du bois de chauffage, prairies et cultures saccagées par les manœuvres militaires.
En janvier 1943, les troupes italiennes sont elles aussi pointées du doigt. Le rapport est sans appel : « Les cultures sont littéralement mises au pillage si bien qu’aucun apport en légumes n’a lieu sur le marché, ce qui compromet gravement le ravitaillement de la population. (…) Certains hommes n’hésitent pas à se présenter chez l’habitant, baïonnette au canon, exigeant la vente de légumes ou de lapins. »

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