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dimanche 30 août 2026
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Pépiole, la chapelle que l’on dit protégée par le ciel

La pastèque, un verre de rosé et quelques airs de Provence : derrière la fête de Pépiole se cache une histoire populaire faite de paysans, de processions et de familles qui, génération après génération, ont veillé sur leur petite chapelle. Au point que certains aiment à croire qu’une intervention divine l’a plusieurs fois sauvée.

Ce week-end encore, une drôle de tradition a ramené Pépiole à son passé : celle de la bénédiction de la pastèque et du vin rosé. Deux produits qui pourraient prêter à sourire dans un édifice religieux mais qui racontent en réalité toute une Provence rurale.

Autrefois, à la fin des vendanges, les vignerons du quartier de la Gare à Ollioules prenaient le chemin de Notre-Dame de Pépiole. On traversait une campagne alors faite de vignes, de terres agricoles et de bastides pour rejoindre la petite chapelle six-fournaise. Après la procession venait le temps du partage : la pastèque produite dans la plaine et le rosé des vignerons. Avec les années, le rendez-vous est devenu une véritable fête populaire où l’on retrouve tout ce que la Provence aime réunir : aïoli, soupe au pistou, moules au râteau, pétanque, cartes, musique et bal.

Car Pépiole n’a jamais été seulement une histoire de pierres. Elle est surtout une histoire d’hommes et de femmes.

 

On dansait au tambourin devant la chapelle

Bien avant les lotissements et les zones d’activités, Pépiole était entourée de campagne. Les familles étaient peu nombreuses et les fêtes religieuses étaient aussi des moments où l’on se retrouvait.

La tradition rapporte que pour la Nativité de la Vierge, le 8 septembre, les réjouissances pouvaient autrefois durer plusieurs jours. Sur la petite esplanade voisine de la chapelle, on dansait au son du tambourin. Des baraques foraines venaient s’installer et l’on pouvait même y acheter du nougat.

Pépiole avait alors quelque chose de ces fêtes de village provençales où le sacré et le populaire ne s’opposaient pas : on assistait à l’office, puis on mangeait, on discutait et on dansait.

Une Vierge jetée au feu et sauvée par un paysan

 

Parmi les récits transmis autour de Pépiole, celui de sa Vierge est sans doute le plus spectaculaire.

La statue en bois de sorbier représentant la Vierge à l’Enfant date du XVIe siècle. Elle porte encore aujourd’hui des traces attribuées aux violences de la Révolution.

Selon le récit conservé localement, des révolutionnaires auraient pénétré dans la chapelle et jeté son mobilier au feu. La Vierge aurait elle aussi été précipitée dans le brasier. Après leur départ, un paysan aurait réussi à la récupérer et à la cacher.

Avant de mourir, il aurait confié à ses descendants une mission : conserver la statue et ne la rendre que lorsque Pépiole retrouverait sa vocation religieuse.

Le secret traverse alors les générations. Et lorsque le père Paul-Célestin Charlier entreprend de faire revivre la chapelle au XXe siècle, les descendants se manifestent. Le 15 août 1959, jour de l’Assomption, Notre-Dame de Pépiole retrouve finalement sa place.

Près d’un siècle et demi s’était écoulé.

Une chapelle que l’on dit « miraculée »

C’est peut-être de là qu’est née cette drôle de réputation. À Pépiole, certains aiment à penser que quelqu’un, là-haut, veille particulièrement bien sur la petite chapelle.

Au fil des siècles, elle a été abandonnée, pillée, vendue et menacée. Pourtant, elle est toujours là.

Au début du XXe siècle, elle aurait notamment pu connaître un destin beaucoup moins spirituel. Son propriétaire envisage de la vendre à un homme qui souhaite la transformer… en grange.

Jules Jonquier, dont la famille veille sur Pépiole, apprend le projet. Il intervient auprès du maire de Six-Fours, Marcelin Bérard. Après des démarches administratives, la commune rachète finalement l’édifice.

Exit la paille et le foin.

D’autres menaces sont restées dans la mémoire des habitués du lieu : un projet de chenil, l’industrialisation du secteur et même une route qui devait relier la zone des Playes à Sanary. À chaque fois, racontent les fidèles, le projet disparaît et Pépiole reste debout.

Coïncidences pour les uns. Pour les autres, le mot est tout trouvé : « miracle ».

Il part à vélo récupérer la cloche chez les Allemands

 

La famille Jonquier apparaît dans une autre histoire devenue presque légendaire à Pépiole.

Pendant l’Occupation, des soldats allemands découvrent la chapelle et emportent sa cloche jusqu’à leur commanderie de Toulon. Dans le quartier, la nouvelle arrive aux oreilles de Victor Jonquier, fils de Jules.

Il enfourche alors son vélo et part lui-même réclamer la cloche.

Arrivé à la commanderie, il demande à rencontrer le plus haut gradé et exige la restitution de ce qui appartient à Pépiole. Il apprend au passage que la cloche aurait trouvé une nouvelle fonction pour le moins prosaïque : elle servait à annoncer l’heure du repas des soldats.

Victor Jonquier ne lâche rien.

Selon le récit transmis par sa famille, le commandant allemand finit par présenter ses excuses. Le lendemain, avant midi, les occupants ramènent la cloche et la déposent chez lui.

Une petite victoire obtenue sans arme, avec un vélo et beaucoup d’aplomb.

Des fonds de bouteilles pour faire entrer la lumière

Lorsque le père Charlier arrive à Pépiole en 1956, la chapelle connaît une nouvelle vie. Le moine bénédictin entreprend sa restauration avec ceux qui l’entourent.

À l’intérieur, il reste aujourd’hui une curiosité que beaucoup de visiteurs prennent d’abord pour de véritables vitraux. Ils ont pourtant été réalisés avec des fonds de bouteilles colorées.

Bleus, verts, jaunes ou rouges, ils transforment la lumière provençale en petites taches de couleur sur les vieilles pierres. Chaque composition reçoit une signification biblique.

La simplicité du matériau correspond finalement assez bien à Pépiole : quelques bouteilles, des pierres et beaucoup d’ingéniosité pour fabriquer du beau.

La clé appartenait presque au quartier

Avant que le lieu ne soit ouvert comme aujourd’hui, sa protection reposait aussi sur les habitants des environs.

Des familles ont conservé les clés de Pépiole et veillé sur elle durant plusieurs générations. Lorsqu’un pèlerin ou un visiteur se présentait, il fallait trouver celui qui pouvait ouvrir la porte.

C’est peut-être cela, plus encore que les dates, qui explique l’attachement particulier à cette chapelle. Pépiole appartenait un peu à ceux qui vivaient autour.

On veillait sur sa statue, sur sa cloche et sur ses murs comme sur un bien de famille.

Et toujours la pastèque et le rosé

Les paysages ont changé. Les champs ont reculé, les routes et les entreprises se sont rapprochées et l’ancien Pépiole rural est devenu difficile à imaginer.

Pourtant, une fois par an, la vieille histoire reprend vie.

On marche encore vers la chapelle. On bénit toujours le fruit de la terre et le vin. On partage la pastèque et le rosé. Puis la fête reprend ses droits.

Derrière ce geste simple survit finalement tout un morceau de Provence : celle des vignerons et des paysans, des processions dans les chemins, du tambourin, du nougat vendu devant la chapelle, des repas pris ensemble et de ces histoires que les anciens racontent aux plus jeunes.

Et si l’on demande pourquoi Notre-Dame de Pépiole, après tant de siècles et tant de menaces, est toujours là, chacun reste libre de choisir son explication.

Les archives parleront de propriétaires, de restaurations et de décisions municipales.

À Pépiole, certains préféreront simplement regarder la Vierge et parler de miracle.

 
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Pépiole, la chapelle que l’on dit protégée par le ciel

La pastèque, un verre de rosé et quelques airs de Provence : derrière la fête de Pépiole se cache une histoire populaire faite de paysans, de processions et de familles qui, génération après génération, ont veillé sur leur petite chapelle. Au point que certains aiment à croire qu’une intervention divine l’a plusieurs fois sauvée.

Ce week-end encore, une drôle de tradition a ramené Pépiole à son passé : celle de la bénédiction de la pastèque et du vin rosé. Deux produits qui pourraient prêter à sourire dans un édifice religieux mais qui racontent en réalité toute une Provence rurale.

Autrefois, à la fin des vendanges, les vignerons du quartier de la Gare à Ollioules prenaient le chemin de Notre-Dame de Pépiole. On traversait une campagne alors faite de vignes, de terres agricoles et de bastides pour rejoindre la petite chapelle six-fournaise. Après la procession venait le temps du partage : la pastèque produite dans la plaine et le rosé des vignerons. Avec les années, le rendez-vous est devenu une véritable fête populaire où l’on retrouve tout ce que la Provence aime réunir : aïoli, soupe au pistou, moules au râteau, pétanque, cartes, musique et bal.

Car Pépiole n’a jamais été seulement une histoire de pierres. Elle est surtout une histoire d’hommes et de femmes.

 

On dansait au tambourin devant la chapelle

Bien avant les lotissements et les zones d’activités, Pépiole était entourée de campagne. Les familles étaient peu nombreuses et les fêtes religieuses étaient aussi des moments où l’on se retrouvait.

La tradition rapporte que pour la Nativité de la Vierge, le 8 septembre, les réjouissances pouvaient autrefois durer plusieurs jours. Sur la petite esplanade voisine de la chapelle, on dansait au son du tambourin. Des baraques foraines venaient s’installer et l’on pouvait même y acheter du nougat.

Pépiole avait alors quelque chose de ces fêtes de village provençales où le sacré et le populaire ne s’opposaient pas : on assistait à l’office, puis on mangeait, on discutait et on dansait.

Une Vierge jetée au feu et sauvée par un paysan

 

Parmi les récits transmis autour de Pépiole, celui de sa Vierge est sans doute le plus spectaculaire.

La statue en bois de sorbier représentant la Vierge à l’Enfant date du XVIe siècle. Elle porte encore aujourd’hui des traces attribuées aux violences de la Révolution.

Selon le récit conservé localement, des révolutionnaires auraient pénétré dans la chapelle et jeté son mobilier au feu. La Vierge aurait elle aussi été précipitée dans le brasier. Après leur départ, un paysan aurait réussi à la récupérer et à la cacher.

Avant de mourir, il aurait confié à ses descendants une mission : conserver la statue et ne la rendre que lorsque Pépiole retrouverait sa vocation religieuse.

Le secret traverse alors les générations. Et lorsque le père Paul-Célestin Charlier entreprend de faire revivre la chapelle au XXe siècle, les descendants se manifestent. Le 15 août 1959, jour de l’Assomption, Notre-Dame de Pépiole retrouve finalement sa place.

Près d’un siècle et demi s’était écoulé.

Une chapelle que l’on dit « miraculée »

C’est peut-être de là qu’est née cette drôle de réputation. À Pépiole, certains aiment à penser que quelqu’un, là-haut, veille particulièrement bien sur la petite chapelle.

Au fil des siècles, elle a été abandonnée, pillée, vendue et menacée. Pourtant, elle est toujours là.

Au début du XXe siècle, elle aurait notamment pu connaître un destin beaucoup moins spirituel. Son propriétaire envisage de la vendre à un homme qui souhaite la transformer… en grange.

Jules Jonquier, dont la famille veille sur Pépiole, apprend le projet. Il intervient auprès du maire de Six-Fours, Marcelin Bérard. Après des démarches administratives, la commune rachète finalement l’édifice.

Exit la paille et le foin.

D’autres menaces sont restées dans la mémoire des habitués du lieu : un projet de chenil, l’industrialisation du secteur et même une route qui devait relier la zone des Playes à Sanary. À chaque fois, racontent les fidèles, le projet disparaît et Pépiole reste debout.

Coïncidences pour les uns. Pour les autres, le mot est tout trouvé : « miracle ».

Il part à vélo récupérer la cloche chez les Allemands

 

La famille Jonquier apparaît dans une autre histoire devenue presque légendaire à Pépiole.

Pendant l’Occupation, des soldats allemands découvrent la chapelle et emportent sa cloche jusqu’à leur commanderie de Toulon. Dans le quartier, la nouvelle arrive aux oreilles de Victor Jonquier, fils de Jules.

Il enfourche alors son vélo et part lui-même réclamer la cloche.

Arrivé à la commanderie, il demande à rencontrer le plus haut gradé et exige la restitution de ce qui appartient à Pépiole. Il apprend au passage que la cloche aurait trouvé une nouvelle fonction pour le moins prosaïque : elle servait à annoncer l’heure du repas des soldats.

Victor Jonquier ne lâche rien.

Selon le récit transmis par sa famille, le commandant allemand finit par présenter ses excuses. Le lendemain, avant midi, les occupants ramènent la cloche et la déposent chez lui.

Une petite victoire obtenue sans arme, avec un vélo et beaucoup d’aplomb.

Des fonds de bouteilles pour faire entrer la lumière

Lorsque le père Charlier arrive à Pépiole en 1956, la chapelle connaît une nouvelle vie. Le moine bénédictin entreprend sa restauration avec ceux qui l’entourent.

À l’intérieur, il reste aujourd’hui une curiosité que beaucoup de visiteurs prennent d’abord pour de véritables vitraux. Ils ont pourtant été réalisés avec des fonds de bouteilles colorées.

Bleus, verts, jaunes ou rouges, ils transforment la lumière provençale en petites taches de couleur sur les vieilles pierres. Chaque composition reçoit une signification biblique.

La simplicité du matériau correspond finalement assez bien à Pépiole : quelques bouteilles, des pierres et beaucoup d’ingéniosité pour fabriquer du beau.

La clé appartenait presque au quartier

Avant que le lieu ne soit ouvert comme aujourd’hui, sa protection reposait aussi sur les habitants des environs.

Des familles ont conservé les clés de Pépiole et veillé sur elle durant plusieurs générations. Lorsqu’un pèlerin ou un visiteur se présentait, il fallait trouver celui qui pouvait ouvrir la porte.

C’est peut-être cela, plus encore que les dates, qui explique l’attachement particulier à cette chapelle. Pépiole appartenait un peu à ceux qui vivaient autour.

On veillait sur sa statue, sur sa cloche et sur ses murs comme sur un bien de famille.

Et toujours la pastèque et le rosé

Les paysages ont changé. Les champs ont reculé, les routes et les entreprises se sont rapprochées et l’ancien Pépiole rural est devenu difficile à imaginer.

Pourtant, une fois par an, la vieille histoire reprend vie.

On marche encore vers la chapelle. On bénit toujours le fruit de la terre et le vin. On partage la pastèque et le rosé. Puis la fête reprend ses droits.

Derrière ce geste simple survit finalement tout un morceau de Provence : celle des vignerons et des paysans, des processions dans les chemins, du tambourin, du nougat vendu devant la chapelle, des repas pris ensemble et de ces histoires que les anciens racontent aux plus jeunes.

Et si l’on demande pourquoi Notre-Dame de Pépiole, après tant de siècles et tant de menaces, est toujours là, chacun reste libre de choisir son explication.

Les archives parleront de propriétaires, de restaurations et de décisions municipales.

À Pépiole, certains préféreront simplement regarder la Vierge et parler de miracle.

 
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Pépiole, la chapelle que l’on dit protégée par le ciel

La pastèque, un verre de rosé et quelques airs de Provence : derrière la fête de Pépiole se cache une histoire populaire faite de paysans, de processions et de familles qui, génération après génération, ont veillé sur leur petite chapelle. Au point que certains aiment à croire qu’une intervention divine l’a plusieurs fois sauvée.

Ce week-end encore, une drôle de tradition a ramené Pépiole à son passé : celle de la bénédiction de la pastèque et du vin rosé. Deux produits qui pourraient prêter à sourire dans un édifice religieux mais qui racontent en réalité toute une Provence rurale.

Autrefois, à la fin des vendanges, les vignerons du quartier de la Gare à Ollioules prenaient le chemin de Notre-Dame de Pépiole. On traversait une campagne alors faite de vignes, de terres agricoles et de bastides pour rejoindre la petite chapelle six-fournaise. Après la procession venait le temps du partage : la pastèque produite dans la plaine et le rosé des vignerons. Avec les années, le rendez-vous est devenu une véritable fête populaire où l’on retrouve tout ce que la Provence aime réunir : aïoli, soupe au pistou, moules au râteau, pétanque, cartes, musique et bal.

Car Pépiole n’a jamais été seulement une histoire de pierres. Elle est surtout une histoire d’hommes et de femmes.

 

On dansait au tambourin devant la chapelle

Bien avant les lotissements et les zones d’activités, Pépiole était entourée de campagne. Les familles étaient peu nombreuses et les fêtes religieuses étaient aussi des moments où l’on se retrouvait.

La tradition rapporte que pour la Nativité de la Vierge, le 8 septembre, les réjouissances pouvaient autrefois durer plusieurs jours. Sur la petite esplanade voisine de la chapelle, on dansait au son du tambourin. Des baraques foraines venaient s’installer et l’on pouvait même y acheter du nougat.

Pépiole avait alors quelque chose de ces fêtes de village provençales où le sacré et le populaire ne s’opposaient pas : on assistait à l’office, puis on mangeait, on discutait et on dansait.

Une Vierge jetée au feu et sauvée par un paysan

 

Parmi les récits transmis autour de Pépiole, celui de sa Vierge est sans doute le plus spectaculaire.

La statue en bois de sorbier représentant la Vierge à l’Enfant date du XVIe siècle. Elle porte encore aujourd’hui des traces attribuées aux violences de la Révolution.

Selon le récit conservé localement, des révolutionnaires auraient pénétré dans la chapelle et jeté son mobilier au feu. La Vierge aurait elle aussi été précipitée dans le brasier. Après leur départ, un paysan aurait réussi à la récupérer et à la cacher.

Avant de mourir, il aurait confié à ses descendants une mission : conserver la statue et ne la rendre que lorsque Pépiole retrouverait sa vocation religieuse.

Le secret traverse alors les générations. Et lorsque le père Paul-Célestin Charlier entreprend de faire revivre la chapelle au XXe siècle, les descendants se manifestent. Le 15 août 1959, jour de l’Assomption, Notre-Dame de Pépiole retrouve finalement sa place.

Près d’un siècle et demi s’était écoulé.

Une chapelle que l’on dit « miraculée »

C’est peut-être de là qu’est née cette drôle de réputation. À Pépiole, certains aiment à penser que quelqu’un, là-haut, veille particulièrement bien sur la petite chapelle.

Au fil des siècles, elle a été abandonnée, pillée, vendue et menacée. Pourtant, elle est toujours là.

Au début du XXe siècle, elle aurait notamment pu connaître un destin beaucoup moins spirituel. Son propriétaire envisage de la vendre à un homme qui souhaite la transformer… en grange.

Jules Jonquier, dont la famille veille sur Pépiole, apprend le projet. Il intervient auprès du maire de Six-Fours, Marcelin Bérard. Après des démarches administratives, la commune rachète finalement l’édifice.

Exit la paille et le foin.

D’autres menaces sont restées dans la mémoire des habitués du lieu : un projet de chenil, l’industrialisation du secteur et même une route qui devait relier la zone des Playes à Sanary. À chaque fois, racontent les fidèles, le projet disparaît et Pépiole reste debout.

Coïncidences pour les uns. Pour les autres, le mot est tout trouvé : « miracle ».

Il part à vélo récupérer la cloche chez les Allemands

 

La famille Jonquier apparaît dans une autre histoire devenue presque légendaire à Pépiole.

Pendant l’Occupation, des soldats allemands découvrent la chapelle et emportent sa cloche jusqu’à leur commanderie de Toulon. Dans le quartier, la nouvelle arrive aux oreilles de Victor Jonquier, fils de Jules.

Il enfourche alors son vélo et part lui-même réclamer la cloche.

Arrivé à la commanderie, il demande à rencontrer le plus haut gradé et exige la restitution de ce qui appartient à Pépiole. Il apprend au passage que la cloche aurait trouvé une nouvelle fonction pour le moins prosaïque : elle servait à annoncer l’heure du repas des soldats.

Victor Jonquier ne lâche rien.

Selon le récit transmis par sa famille, le commandant allemand finit par présenter ses excuses. Le lendemain, avant midi, les occupants ramènent la cloche et la déposent chez lui.

Une petite victoire obtenue sans arme, avec un vélo et beaucoup d’aplomb.

Des fonds de bouteilles pour faire entrer la lumière

Lorsque le père Charlier arrive à Pépiole en 1956, la chapelle connaît une nouvelle vie. Le moine bénédictin entreprend sa restauration avec ceux qui l’entourent.

À l’intérieur, il reste aujourd’hui une curiosité que beaucoup de visiteurs prennent d’abord pour de véritables vitraux. Ils ont pourtant été réalisés avec des fonds de bouteilles colorées.

Bleus, verts, jaunes ou rouges, ils transforment la lumière provençale en petites taches de couleur sur les vieilles pierres. Chaque composition reçoit une signification biblique.

La simplicité du matériau correspond finalement assez bien à Pépiole : quelques bouteilles, des pierres et beaucoup d’ingéniosité pour fabriquer du beau.

La clé appartenait presque au quartier

Avant que le lieu ne soit ouvert comme aujourd’hui, sa protection reposait aussi sur les habitants des environs.

Des familles ont conservé les clés de Pépiole et veillé sur elle durant plusieurs générations. Lorsqu’un pèlerin ou un visiteur se présentait, il fallait trouver celui qui pouvait ouvrir la porte.

C’est peut-être cela, plus encore que les dates, qui explique l’attachement particulier à cette chapelle. Pépiole appartenait un peu à ceux qui vivaient autour.

On veillait sur sa statue, sur sa cloche et sur ses murs comme sur un bien de famille.

Et toujours la pastèque et le rosé

Les paysages ont changé. Les champs ont reculé, les routes et les entreprises se sont rapprochées et l’ancien Pépiole rural est devenu difficile à imaginer.

Pourtant, une fois par an, la vieille histoire reprend vie.

On marche encore vers la chapelle. On bénit toujours le fruit de la terre et le vin. On partage la pastèque et le rosé. Puis la fête reprend ses droits.

Derrière ce geste simple survit finalement tout un morceau de Provence : celle des vignerons et des paysans, des processions dans les chemins, du tambourin, du nougat vendu devant la chapelle, des repas pris ensemble et de ces histoires que les anciens racontent aux plus jeunes.

Et si l’on demande pourquoi Notre-Dame de Pépiole, après tant de siècles et tant de menaces, est toujours là, chacun reste libre de choisir son explication.

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Ce week-end encore, une drôle de tradition a ramené Pépiole à son passé : celle de la bénédiction de la pastèque et du vin rosé. Deux produits qui pourraient prêter à sourire dans un édifice religieux mais qui racontent en réalité toute une Provence rurale.

Autrefois, à la fin des vendanges, les vignerons du quartier de la Gare à Ollioules prenaient le chemin de Notre-Dame de Pépiole. On traversait une campagne alors faite de vignes, de terres agricoles et de bastides pour rejoindre la petite chapelle six-fournaise. Après la procession venait le temps du partage : la pastèque produite dans la plaine et le rosé des vignerons. Avec les années, le rendez-vous est devenu une véritable fête populaire où l’on retrouve tout ce que la Provence aime réunir : aïoli, soupe au pistou, moules au râteau, pétanque, cartes, musique et bal.

Car Pépiole n’a jamais été seulement une histoire de pierres. Elle est surtout une histoire d’hommes et de femmes.

 

On dansait au tambourin devant la chapelle

Bien avant les lotissements et les zones d’activités, Pépiole était entourée de campagne. Les familles étaient peu nombreuses et les fêtes religieuses étaient aussi des moments où l’on se retrouvait.

La tradition rapporte que pour la Nativité de la Vierge, le 8 septembre, les réjouissances pouvaient autrefois durer plusieurs jours. Sur la petite esplanade voisine de la chapelle, on dansait au son du tambourin. Des baraques foraines venaient s’installer et l’on pouvait même y acheter du nougat.

Pépiole avait alors quelque chose de ces fêtes de village provençales où le sacré et le populaire ne s’opposaient pas : on assistait à l’office, puis on mangeait, on discutait et on dansait.

Une Vierge jetée au feu et sauvée par un paysan

 

Parmi les récits transmis autour de Pépiole, celui de sa Vierge est sans doute le plus spectaculaire.

La statue en bois de sorbier représentant la Vierge à l’Enfant date du XVIe siècle. Elle porte encore aujourd’hui des traces attribuées aux violences de la Révolution.

Selon le récit conservé localement, des révolutionnaires auraient pénétré dans la chapelle et jeté son mobilier au feu. La Vierge aurait elle aussi été précipitée dans le brasier. Après leur départ, un paysan aurait réussi à la récupérer et à la cacher.

Avant de mourir, il aurait confié à ses descendants une mission : conserver la statue et ne la rendre que lorsque Pépiole retrouverait sa vocation religieuse.

Le secret traverse alors les générations. Et lorsque le père Paul-Célestin Charlier entreprend de faire revivre la chapelle au XXe siècle, les descendants se manifestent. Le 15 août 1959, jour de l’Assomption, Notre-Dame de Pépiole retrouve finalement sa place.

Près d’un siècle et demi s’était écoulé.

Une chapelle que l’on dit « miraculée »

C’est peut-être de là qu’est née cette drôle de réputation. À Pépiole, certains aiment à penser que quelqu’un, là-haut, veille particulièrement bien sur la petite chapelle.

Au fil des siècles, elle a été abandonnée, pillée, vendue et menacée. Pourtant, elle est toujours là.

Au début du XXe siècle, elle aurait notamment pu connaître un destin beaucoup moins spirituel. Son propriétaire envisage de la vendre à un homme qui souhaite la transformer… en grange.

Jules Jonquier, dont la famille veille sur Pépiole, apprend le projet. Il intervient auprès du maire de Six-Fours, Marcelin Bérard. Après des démarches administratives, la commune rachète finalement l’édifice.

Exit la paille et le foin.

D’autres menaces sont restées dans la mémoire des habitués du lieu : un projet de chenil, l’industrialisation du secteur et même une route qui devait relier la zone des Playes à Sanary. À chaque fois, racontent les fidèles, le projet disparaît et Pépiole reste debout.

Coïncidences pour les uns. Pour les autres, le mot est tout trouvé : « miracle ».

Il part à vélo récupérer la cloche chez les Allemands

 

La famille Jonquier apparaît dans une autre histoire devenue presque légendaire à Pépiole.

Pendant l’Occupation, des soldats allemands découvrent la chapelle et emportent sa cloche jusqu’à leur commanderie de Toulon. Dans le quartier, la nouvelle arrive aux oreilles de Victor Jonquier, fils de Jules.

Il enfourche alors son vélo et part lui-même réclamer la cloche.

Arrivé à la commanderie, il demande à rencontrer le plus haut gradé et exige la restitution de ce qui appartient à Pépiole. Il apprend au passage que la cloche aurait trouvé une nouvelle fonction pour le moins prosaïque : elle servait à annoncer l’heure du repas des soldats.

Victor Jonquier ne lâche rien.

Selon le récit transmis par sa famille, le commandant allemand finit par présenter ses excuses. Le lendemain, avant midi, les occupants ramènent la cloche et la déposent chez lui.

Une petite victoire obtenue sans arme, avec un vélo et beaucoup d’aplomb.

Des fonds de bouteilles pour faire entrer la lumière

Lorsque le père Charlier arrive à Pépiole en 1956, la chapelle connaît une nouvelle vie. Le moine bénédictin entreprend sa restauration avec ceux qui l’entourent.

À l’intérieur, il reste aujourd’hui une curiosité que beaucoup de visiteurs prennent d’abord pour de véritables vitraux. Ils ont pourtant été réalisés avec des fonds de bouteilles colorées.

Bleus, verts, jaunes ou rouges, ils transforment la lumière provençale en petites taches de couleur sur les vieilles pierres. Chaque composition reçoit une signification biblique.

La simplicité du matériau correspond finalement assez bien à Pépiole : quelques bouteilles, des pierres et beaucoup d’ingéniosité pour fabriquer du beau.

La clé appartenait presque au quartier

Avant que le lieu ne soit ouvert comme aujourd’hui, sa protection reposait aussi sur les habitants des environs.

Des familles ont conservé les clés de Pépiole et veillé sur elle durant plusieurs générations. Lorsqu’un pèlerin ou un visiteur se présentait, il fallait trouver celui qui pouvait ouvrir la porte.

C’est peut-être cela, plus encore que les dates, qui explique l’attachement particulier à cette chapelle. Pépiole appartenait un peu à ceux qui vivaient autour.

On veillait sur sa statue, sur sa cloche et sur ses murs comme sur un bien de famille.

Et toujours la pastèque et le rosé

Les paysages ont changé. Les champs ont reculé, les routes et les entreprises se sont rapprochées et l’ancien Pépiole rural est devenu difficile à imaginer.

Pourtant, une fois par an, la vieille histoire reprend vie.

On marche encore vers la chapelle. On bénit toujours le fruit de la terre et le vin. On partage la pastèque et le rosé. Puis la fête reprend ses droits.

Derrière ce geste simple survit finalement tout un morceau de Provence : celle des vignerons et des paysans, des processions dans les chemins, du tambourin, du nougat vendu devant la chapelle, des repas pris ensemble et de ces histoires que les anciens racontent aux plus jeunes.

Et si l’on demande pourquoi Notre-Dame de Pépiole, après tant de siècles et tant de menaces, est toujours là, chacun reste libre de choisir son explication.

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