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jeudi 27 août 2026
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Quand La Seyne vivait dans la peur

Alors que La Seyne célébrait hier le 82e anniversaire de sa Libération, avec notamment un défilé rejoué par les passionnés du Group Military Conservation et leurs véhicules d’époque, les lettres de Marguerite Voiron rappellent ce que furent réellement les derniers mois de l’Occupation : les bombardements, la peur, les pénuries et une ville en partie détruite.

Hier soir, mercredi 26 août, La Seyne-sur-Mer commémorait le 82e anniversaire de sa Libération. Après l’hommage rendu aux Policiers patriotes place Germain-Loro, le cortège s’est élancé depuis la Porte de la Rotonde avant la cérémonie au monument aux morts. Comme annoncé au programme officiel, les membres du Group Military Conservation (GMC) participaient au défilé avec leurs véhicules militaires de collection.

L’association seynoise est depuis longtemps associée à ces rendez-vous de mémoire. Ses passionnés restaurent et entretiennent notamment des véhicules militaires du type de ceux qui ont accompagné la Libération de la France, avant de les faire reprendre la route lors des commémorations.

Une façon de faire revivre l’histoire, 82 ans plus tard. Mais derrière les uniformes, les véhicules et les applaudissements d’aujourd’hui demeure le quotidien de ceux qui, en 1944, ne savaient pas encore s’ils verraient la fin de la guerre.

Une Seynoise raconte la guerre au jour le jour

Marguerite Voiron est de ceux-là. Installée à La Seyne-sur-Mer depuis 1932 avec son mari Charles Godiani, elle habite au 5, boulevard du 4-Septembre et travaille aux PTT.

Dans les lettres qu’elle adresse régulièrement à ses proches, aujourd’hui conservées et mises en valeur par les Archives municipales de La Seyne-sur-Mer, elle ne cherche pas à écrire l’Histoire. Elle raconte simplement sa vie.

Il est question de la famille, de vêtements à raccommoder, d’un enfant dont elle attend des nouvelles. Mais la guerre finit toujours par interrompre le quotidien.

Et, au printemps 1944, elle devient omniprésente.

« La rue pleine de poussière et de fumée »

Le samedi 29 avril 1944, La Seyne subit l’un de ses bombardements les plus meurtriers. Les bombardiers américains visent notamment les Chantiers et des installations allemandes. Environ 700 bombes de 500 ou 1 000 kilos sont larguées sur La Seyne et ses environs. Seules quatre atteignent les Chantiers, tandis que de nombreux projectiles s’abattent sur la ville.

Marguerite se trouve en plein centre lorsqu’elle est surprise par l’attaque.

« Je n’ai réalisé que lorsque j’ai vu la rue pleine de poussière et de fumée. La bombe venait de tomber au bas du cours et j’étais chez Gil où j’étais rentrée pour me mettre à l’abri car la sirène a sifflé en même temps que les bombes tombaient. »

Lorsqu’elle ressort, elle découvre les dégâts.

« Quelle horreur. Pauvre Seyne ! »

Les vitres du magasin de Marcelle ont volé en éclats, la rue C. Hugues est jonchée de débris, la maison de son marchand de journaux a été touchée. Puis son regard se porte vers le port.

« Vers les grands palmiers un gros pâté de maisons par terre. Les victimes, des morts et des blessés. »

Quelques minutes ont suffi à bouleverser la ville.

« C’est horrible et je n’ai pas encore réalisé toute l’horreur de ce quart d’heure. »

Le bilan retenu aujourd’hui par la Ville fait état de 130 morts pour la seule journée du 29 avril, dont 14 victimes dont les corps ne peuvent être identifiés. À l’issue de la guerre, La Seyne est une ville profondément meurtrie. Un rappel historique publié par la municipalité fait état de 4 310 habitations sinistrées sur 5 902 immeubles, dont 277 totalement détruites.

« Je commence à me demander si je m’en sortirai »

Dans les jours qui suivent, les mots de Marguerite changent.

Elle avait jusque-là appris à composer avec les alertes. Après le 29 avril, la peur s’installe véritablement.

« Les jours suivants on aurait dit qu’on m’avait rouée de coups et je crois que s’ils revenaient j’aurais peur ! Je commence à perdre ma belle confiance et à me demander si je m’en sortirai. »

Les images restent présentes : « D’avoir vu ces maisons en ruines, ces vitres brisées, ces pierres partout, ces morceaux de bois, ces blessés sur les brancards, ça m’a fait une de ces impressions ! »

Une nouvelle alerte suffit désormais à provoquer une réaction immédiate chez les habitants.

« Si vous aviez vu les Seynois tous en cœur rentrer le cou dans les épaules, ça a été instinctif. »

Peu à peu, la peur redessine même la ville.

Marguerite le résume d’une phrase : « La basse ville a déménagé vers la haute ville. »

Les habitants cherchent à s’éloigner du port, des Chantiers et des secteurs susceptibles d’être pris pour cible. D’autres quittent complètement La Seyne.

Quand même manger devient difficile

Les lettres de Marguerite racontent aussi une guerre moins spectaculaire mais quotidienne : celle des privations.

La viande est devenue si rare qu’elle plaisante : « Nous en touchons tous les trente-six du mois. »

Le gaz manque. Pour obtenir du charbon, il faut attendre. Puis vient le manque d’électricité : « Maintenant c’est la lumière. Le soir, impossible de faire un point. »

Les commerces ferment ou réduisent leur activité, le marché se vide et les produits les plus ordinaires deviennent difficiles à trouver.

Aux Chantiers aussi, la tension monte. Marguerite rapporte une grève d’un jour et demi, rapidement suivie de menaces : « Les Allemands ont menacé de faire du vilain si ça continuait. »

« Les Sablettes ressemblent à tout sauf une plage »

Même le littoral qu’elle connaît est devenu méconnaissable.

Entre destructions, installations militaires et terrains minés, Marguerite écrit : « Les Sablettes ressemblent à tout sauf une plage. »

Puis, presque comme un regret devant un paysage perdu : « C’est bien triste, un si joli pays ! Tout est miné. »

Les semaines passent ainsi entre les sirènes, les pénuries, les destructions et l’attente.

Jusqu’à la Libération de La Seyne, le 26 août 1944, celle-là même dont le souvenir était célébré hier dans les rues de la ville. La 9e division d’infanterie coloniale participa à la libération du secteur, tandis que plusieurs positions allemandes autour de La Seyne et de la rade durent encore être réduites.

Quatre-vingt-deux ans plus tard, les véhicules du GMC peuvent à nouveau traverser la ville, cette fois sous les regards du public et dans le cadre d’une commémoration. Mais les mots laissés par Marguerite Voiron donnent à ces images une autre profondeur.

Car, pour ceux qui vivaient ici en 1944, la fin de la guerre n’était pas encore une page d’histoire.

Elle tenait parfois dans une seule phrase, écrite avec lassitude :

« Quand donc nous laissera-t-on tranquilles ! »

La correspondance de Marguerite Voiron est à retrouver plus largement auprès des Archives municipales de La Seyne-sur-Mer.

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Quand La Seyne vivait dans la peur

Alors que La Seyne célébrait hier le 82e anniversaire de sa Libération, avec notamment un défilé rejoué par les passionnés du Group Military Conservation et leurs véhicules d’époque, les lettres de Marguerite Voiron rappellent ce que furent réellement les derniers mois de l’Occupation : les bombardements, la peur, les pénuries et une ville en partie détruite.

Hier soir, mercredi 26 août, La Seyne-sur-Mer commémorait le 82e anniversaire de sa Libération. Après l’hommage rendu aux Policiers patriotes place Germain-Loro, le cortège s’est élancé depuis la Porte de la Rotonde avant la cérémonie au monument aux morts. Comme annoncé au programme officiel, les membres du Group Military Conservation (GMC) participaient au défilé avec leurs véhicules militaires de collection.

L’association seynoise est depuis longtemps associée à ces rendez-vous de mémoire. Ses passionnés restaurent et entretiennent notamment des véhicules militaires du type de ceux qui ont accompagné la Libération de la France, avant de les faire reprendre la route lors des commémorations.

Une façon de faire revivre l’histoire, 82 ans plus tard. Mais derrière les uniformes, les véhicules et les applaudissements d’aujourd’hui demeure le quotidien de ceux qui, en 1944, ne savaient pas encore s’ils verraient la fin de la guerre.

Une Seynoise raconte la guerre au jour le jour

Marguerite Voiron est de ceux-là. Installée à La Seyne-sur-Mer depuis 1932 avec son mari Charles Godiani, elle habite au 5, boulevard du 4-Septembre et travaille aux PTT.

Dans les lettres qu’elle adresse régulièrement à ses proches, aujourd’hui conservées et mises en valeur par les Archives municipales de La Seyne-sur-Mer, elle ne cherche pas à écrire l’Histoire. Elle raconte simplement sa vie.

Il est question de la famille, de vêtements à raccommoder, d’un enfant dont elle attend des nouvelles. Mais la guerre finit toujours par interrompre le quotidien.

Et, au printemps 1944, elle devient omniprésente.

« La rue pleine de poussière et de fumée »

Le samedi 29 avril 1944, La Seyne subit l’un de ses bombardements les plus meurtriers. Les bombardiers américains visent notamment les Chantiers et des installations allemandes. Environ 700 bombes de 500 ou 1 000 kilos sont larguées sur La Seyne et ses environs. Seules quatre atteignent les Chantiers, tandis que de nombreux projectiles s’abattent sur la ville.

Marguerite se trouve en plein centre lorsqu’elle est surprise par l’attaque.

« Je n’ai réalisé que lorsque j’ai vu la rue pleine de poussière et de fumée. La bombe venait de tomber au bas du cours et j’étais chez Gil où j’étais rentrée pour me mettre à l’abri car la sirène a sifflé en même temps que les bombes tombaient. »

Lorsqu’elle ressort, elle découvre les dégâts.

« Quelle horreur. Pauvre Seyne ! »

Les vitres du magasin de Marcelle ont volé en éclats, la rue C. Hugues est jonchée de débris, la maison de son marchand de journaux a été touchée. Puis son regard se porte vers le port.

« Vers les grands palmiers un gros pâté de maisons par terre. Les victimes, des morts et des blessés. »

Quelques minutes ont suffi à bouleverser la ville.

« C’est horrible et je n’ai pas encore réalisé toute l’horreur de ce quart d’heure. »

Le bilan retenu aujourd’hui par la Ville fait état de 130 morts pour la seule journée du 29 avril, dont 14 victimes dont les corps ne peuvent être identifiés. À l’issue de la guerre, La Seyne est une ville profondément meurtrie. Un rappel historique publié par la municipalité fait état de 4 310 habitations sinistrées sur 5 902 immeubles, dont 277 totalement détruites.

« Je commence à me demander si je m’en sortirai »

Dans les jours qui suivent, les mots de Marguerite changent.

Elle avait jusque-là appris à composer avec les alertes. Après le 29 avril, la peur s’installe véritablement.

« Les jours suivants on aurait dit qu’on m’avait rouée de coups et je crois que s’ils revenaient j’aurais peur ! Je commence à perdre ma belle confiance et à me demander si je m’en sortirai. »

Les images restent présentes : « D’avoir vu ces maisons en ruines, ces vitres brisées, ces pierres partout, ces morceaux de bois, ces blessés sur les brancards, ça m’a fait une de ces impressions ! »

Une nouvelle alerte suffit désormais à provoquer une réaction immédiate chez les habitants.

« Si vous aviez vu les Seynois tous en cœur rentrer le cou dans les épaules, ça a été instinctif. »

Peu à peu, la peur redessine même la ville.

Marguerite le résume d’une phrase : « La basse ville a déménagé vers la haute ville. »

Les habitants cherchent à s’éloigner du port, des Chantiers et des secteurs susceptibles d’être pris pour cible. D’autres quittent complètement La Seyne.

Quand même manger devient difficile

Les lettres de Marguerite racontent aussi une guerre moins spectaculaire mais quotidienne : celle des privations.

La viande est devenue si rare qu’elle plaisante : « Nous en touchons tous les trente-six du mois. »

Le gaz manque. Pour obtenir du charbon, il faut attendre. Puis vient le manque d’électricité : « Maintenant c’est la lumière. Le soir, impossible de faire un point. »

Les commerces ferment ou réduisent leur activité, le marché se vide et les produits les plus ordinaires deviennent difficiles à trouver.

Aux Chantiers aussi, la tension monte. Marguerite rapporte une grève d’un jour et demi, rapidement suivie de menaces : « Les Allemands ont menacé de faire du vilain si ça continuait. »

« Les Sablettes ressemblent à tout sauf une plage »

Même le littoral qu’elle connaît est devenu méconnaissable.

Entre destructions, installations militaires et terrains minés, Marguerite écrit : « Les Sablettes ressemblent à tout sauf une plage. »

Puis, presque comme un regret devant un paysage perdu : « C’est bien triste, un si joli pays ! Tout est miné. »

Les semaines passent ainsi entre les sirènes, les pénuries, les destructions et l’attente.

Jusqu’à la Libération de La Seyne, le 26 août 1944, celle-là même dont le souvenir était célébré hier dans les rues de la ville. La 9e division d’infanterie coloniale participa à la libération du secteur, tandis que plusieurs positions allemandes autour de La Seyne et de la rade durent encore être réduites.

Quatre-vingt-deux ans plus tard, les véhicules du GMC peuvent à nouveau traverser la ville, cette fois sous les regards du public et dans le cadre d’une commémoration. Mais les mots laissés par Marguerite Voiron donnent à ces images une autre profondeur.

Car, pour ceux qui vivaient ici en 1944, la fin de la guerre n’était pas encore une page d’histoire.

Elle tenait parfois dans une seule phrase, écrite avec lassitude :

« Quand donc nous laissera-t-on tranquilles ! »

La correspondance de Marguerite Voiron est à retrouver plus largement auprès des Archives municipales de La Seyne-sur-Mer.

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Quand La Seyne vivait dans la peur

Alors que La Seyne célébrait hier le 82e anniversaire de sa Libération, avec notamment un défilé rejoué par les passionnés du Group Military Conservation et leurs véhicules d’époque, les lettres de Marguerite Voiron rappellent ce que furent réellement les derniers mois de l’Occupation : les bombardements, la peur, les pénuries et une ville en partie détruite.

Hier soir, mercredi 26 août, La Seyne-sur-Mer commémorait le 82e anniversaire de sa Libération. Après l’hommage rendu aux Policiers patriotes place Germain-Loro, le cortège s’est élancé depuis la Porte de la Rotonde avant la cérémonie au monument aux morts. Comme annoncé au programme officiel, les membres du Group Military Conservation (GMC) participaient au défilé avec leurs véhicules militaires de collection.

L’association seynoise est depuis longtemps associée à ces rendez-vous de mémoire. Ses passionnés restaurent et entretiennent notamment des véhicules militaires du type de ceux qui ont accompagné la Libération de la France, avant de les faire reprendre la route lors des commémorations.

Une façon de faire revivre l’histoire, 82 ans plus tard. Mais derrière les uniformes, les véhicules et les applaudissements d’aujourd’hui demeure le quotidien de ceux qui, en 1944, ne savaient pas encore s’ils verraient la fin de la guerre.

Une Seynoise raconte la guerre au jour le jour

Marguerite Voiron est de ceux-là. Installée à La Seyne-sur-Mer depuis 1932 avec son mari Charles Godiani, elle habite au 5, boulevard du 4-Septembre et travaille aux PTT.

Dans les lettres qu’elle adresse régulièrement à ses proches, aujourd’hui conservées et mises en valeur par les Archives municipales de La Seyne-sur-Mer, elle ne cherche pas à écrire l’Histoire. Elle raconte simplement sa vie.

Il est question de la famille, de vêtements à raccommoder, d’un enfant dont elle attend des nouvelles. Mais la guerre finit toujours par interrompre le quotidien.

Et, au printemps 1944, elle devient omniprésente.

« La rue pleine de poussière et de fumée »

Le samedi 29 avril 1944, La Seyne subit l’un de ses bombardements les plus meurtriers. Les bombardiers américains visent notamment les Chantiers et des installations allemandes. Environ 700 bombes de 500 ou 1 000 kilos sont larguées sur La Seyne et ses environs. Seules quatre atteignent les Chantiers, tandis que de nombreux projectiles s’abattent sur la ville.

Marguerite se trouve en plein centre lorsqu’elle est surprise par l’attaque.

« Je n’ai réalisé que lorsque j’ai vu la rue pleine de poussière et de fumée. La bombe venait de tomber au bas du cours et j’étais chez Gil où j’étais rentrée pour me mettre à l’abri car la sirène a sifflé en même temps que les bombes tombaient. »

Lorsqu’elle ressort, elle découvre les dégâts.

« Quelle horreur. Pauvre Seyne ! »

Les vitres du magasin de Marcelle ont volé en éclats, la rue C. Hugues est jonchée de débris, la maison de son marchand de journaux a été touchée. Puis son regard se porte vers le port.

« Vers les grands palmiers un gros pâté de maisons par terre. Les victimes, des morts et des blessés. »

Quelques minutes ont suffi à bouleverser la ville.

« C’est horrible et je n’ai pas encore réalisé toute l’horreur de ce quart d’heure. »

Le bilan retenu aujourd’hui par la Ville fait état de 130 morts pour la seule journée du 29 avril, dont 14 victimes dont les corps ne peuvent être identifiés. À l’issue de la guerre, La Seyne est une ville profondément meurtrie. Un rappel historique publié par la municipalité fait état de 4 310 habitations sinistrées sur 5 902 immeubles, dont 277 totalement détruites.

« Je commence à me demander si je m’en sortirai »

Dans les jours qui suivent, les mots de Marguerite changent.

Elle avait jusque-là appris à composer avec les alertes. Après le 29 avril, la peur s’installe véritablement.

« Les jours suivants on aurait dit qu’on m’avait rouée de coups et je crois que s’ils revenaient j’aurais peur ! Je commence à perdre ma belle confiance et à me demander si je m’en sortirai. »

Les images restent présentes : « D’avoir vu ces maisons en ruines, ces vitres brisées, ces pierres partout, ces morceaux de bois, ces blessés sur les brancards, ça m’a fait une de ces impressions ! »

Une nouvelle alerte suffit désormais à provoquer une réaction immédiate chez les habitants.

« Si vous aviez vu les Seynois tous en cœur rentrer le cou dans les épaules, ça a été instinctif. »

Peu à peu, la peur redessine même la ville.

Marguerite le résume d’une phrase : « La basse ville a déménagé vers la haute ville. »

Les habitants cherchent à s’éloigner du port, des Chantiers et des secteurs susceptibles d’être pris pour cible. D’autres quittent complètement La Seyne.

Quand même manger devient difficile

Les lettres de Marguerite racontent aussi une guerre moins spectaculaire mais quotidienne : celle des privations.

La viande est devenue si rare qu’elle plaisante : « Nous en touchons tous les trente-six du mois. »

Le gaz manque. Pour obtenir du charbon, il faut attendre. Puis vient le manque d’électricité : « Maintenant c’est la lumière. Le soir, impossible de faire un point. »

Les commerces ferment ou réduisent leur activité, le marché se vide et les produits les plus ordinaires deviennent difficiles à trouver.

Aux Chantiers aussi, la tension monte. Marguerite rapporte une grève d’un jour et demi, rapidement suivie de menaces : « Les Allemands ont menacé de faire du vilain si ça continuait. »

« Les Sablettes ressemblent à tout sauf une plage »

Même le littoral qu’elle connaît est devenu méconnaissable.

Entre destructions, installations militaires et terrains minés, Marguerite écrit : « Les Sablettes ressemblent à tout sauf une plage. »

Puis, presque comme un regret devant un paysage perdu : « C’est bien triste, un si joli pays ! Tout est miné. »

Les semaines passent ainsi entre les sirènes, les pénuries, les destructions et l’attente.

Jusqu’à la Libération de La Seyne, le 26 août 1944, celle-là même dont le souvenir était célébré hier dans les rues de la ville. La 9e division d’infanterie coloniale participa à la libération du secteur, tandis que plusieurs positions allemandes autour de La Seyne et de la rade durent encore être réduites.

Quatre-vingt-deux ans plus tard, les véhicules du GMC peuvent à nouveau traverser la ville, cette fois sous les regards du public et dans le cadre d’une commémoration. Mais les mots laissés par Marguerite Voiron donnent à ces images une autre profondeur.

Car, pour ceux qui vivaient ici en 1944, la fin de la guerre n’était pas encore une page d’histoire.

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Hier soir, mercredi 26 août, La Seyne-sur-Mer commémorait le 82e anniversaire de sa Libération. Après l’hommage rendu aux Policiers patriotes place Germain-Loro, le cortège s’est élancé depuis la Porte de la Rotonde avant la cérémonie au monument aux morts. Comme annoncé au programme officiel, les membres du Group Military Conservation (GMC) participaient au défilé avec leurs véhicules militaires de collection.

L’association seynoise est depuis longtemps associée à ces rendez-vous de mémoire. Ses passionnés restaurent et entretiennent notamment des véhicules militaires du type de ceux qui ont accompagné la Libération de la France, avant de les faire reprendre la route lors des commémorations.

Une façon de faire revivre l’histoire, 82 ans plus tard. Mais derrière les uniformes, les véhicules et les applaudissements d’aujourd’hui demeure le quotidien de ceux qui, en 1944, ne savaient pas encore s’ils verraient la fin de la guerre.

Une Seynoise raconte la guerre au jour le jour

Marguerite Voiron est de ceux-là. Installée à La Seyne-sur-Mer depuis 1932 avec son mari Charles Godiani, elle habite au 5, boulevard du 4-Septembre et travaille aux PTT.

Dans les lettres qu’elle adresse régulièrement à ses proches, aujourd’hui conservées et mises en valeur par les Archives municipales de La Seyne-sur-Mer, elle ne cherche pas à écrire l’Histoire. Elle raconte simplement sa vie.

Il est question de la famille, de vêtements à raccommoder, d’un enfant dont elle attend des nouvelles. Mais la guerre finit toujours par interrompre le quotidien.

Et, au printemps 1944, elle devient omniprésente.

« La rue pleine de poussière et de fumée »

Le samedi 29 avril 1944, La Seyne subit l’un de ses bombardements les plus meurtriers. Les bombardiers américains visent notamment les Chantiers et des installations allemandes. Environ 700 bombes de 500 ou 1 000 kilos sont larguées sur La Seyne et ses environs. Seules quatre atteignent les Chantiers, tandis que de nombreux projectiles s’abattent sur la ville.

Marguerite se trouve en plein centre lorsqu’elle est surprise par l’attaque.

« Je n’ai réalisé que lorsque j’ai vu la rue pleine de poussière et de fumée. La bombe venait de tomber au bas du cours et j’étais chez Gil où j’étais rentrée pour me mettre à l’abri car la sirène a sifflé en même temps que les bombes tombaient. »

Lorsqu’elle ressort, elle découvre les dégâts.

« Quelle horreur. Pauvre Seyne ! »

Les vitres du magasin de Marcelle ont volé en éclats, la rue C. Hugues est jonchée de débris, la maison de son marchand de journaux a été touchée. Puis son regard se porte vers le port.

« Vers les grands palmiers un gros pâté de maisons par terre. Les victimes, des morts et des blessés. »

Quelques minutes ont suffi à bouleverser la ville.

« C’est horrible et je n’ai pas encore réalisé toute l’horreur de ce quart d’heure. »

Le bilan retenu aujourd’hui par la Ville fait état de 130 morts pour la seule journée du 29 avril, dont 14 victimes dont les corps ne peuvent être identifiés. À l’issue de la guerre, La Seyne est une ville profondément meurtrie. Un rappel historique publié par la municipalité fait état de 4 310 habitations sinistrées sur 5 902 immeubles, dont 277 totalement détruites.

« Je commence à me demander si je m’en sortirai »

Dans les jours qui suivent, les mots de Marguerite changent.

Elle avait jusque-là appris à composer avec les alertes. Après le 29 avril, la peur s’installe véritablement.

« Les jours suivants on aurait dit qu’on m’avait rouée de coups et je crois que s’ils revenaient j’aurais peur ! Je commence à perdre ma belle confiance et à me demander si je m’en sortirai. »

Les images restent présentes : « D’avoir vu ces maisons en ruines, ces vitres brisées, ces pierres partout, ces morceaux de bois, ces blessés sur les brancards, ça m’a fait une de ces impressions ! »

Une nouvelle alerte suffit désormais à provoquer une réaction immédiate chez les habitants.

« Si vous aviez vu les Seynois tous en cœur rentrer le cou dans les épaules, ça a été instinctif. »

Peu à peu, la peur redessine même la ville.

Marguerite le résume d’une phrase : « La basse ville a déménagé vers la haute ville. »

Les habitants cherchent à s’éloigner du port, des Chantiers et des secteurs susceptibles d’être pris pour cible. D’autres quittent complètement La Seyne.

Quand même manger devient difficile

Les lettres de Marguerite racontent aussi une guerre moins spectaculaire mais quotidienne : celle des privations.

La viande est devenue si rare qu’elle plaisante : « Nous en touchons tous les trente-six du mois. »

Le gaz manque. Pour obtenir du charbon, il faut attendre. Puis vient le manque d’électricité : « Maintenant c’est la lumière. Le soir, impossible de faire un point. »

Les commerces ferment ou réduisent leur activité, le marché se vide et les produits les plus ordinaires deviennent difficiles à trouver.

Aux Chantiers aussi, la tension monte. Marguerite rapporte une grève d’un jour et demi, rapidement suivie de menaces : « Les Allemands ont menacé de faire du vilain si ça continuait. »

« Les Sablettes ressemblent à tout sauf une plage »

Même le littoral qu’elle connaît est devenu méconnaissable.

Entre destructions, installations militaires et terrains minés, Marguerite écrit : « Les Sablettes ressemblent à tout sauf une plage. »

Puis, presque comme un regret devant un paysage perdu : « C’est bien triste, un si joli pays ! Tout est miné. »

Les semaines passent ainsi entre les sirènes, les pénuries, les destructions et l’attente.

Jusqu’à la Libération de La Seyne, le 26 août 1944, celle-là même dont le souvenir était célébré hier dans les rues de la ville. La 9e division d’infanterie coloniale participa à la libération du secteur, tandis que plusieurs positions allemandes autour de La Seyne et de la rade durent encore être réduites.

Quatre-vingt-deux ans plus tard, les véhicules du GMC peuvent à nouveau traverser la ville, cette fois sous les regards du public et dans le cadre d’une commémoration. Mais les mots laissés par Marguerite Voiron donnent à ces images une autre profondeur.

Car, pour ceux qui vivaient ici en 1944, la fin de la guerre n’était pas encore une page d’histoire.

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