Sauvée de l’église de Saïda au moment de l’indépendance de l’Algérie, cette imposante Notre-Dame de Lourdes a traversé la Méditerranée en 1962. Après près de six décennies entre les mains d’une famille de rapatriés, elle a finalement trouvé refuge dans l’église Saint-Pierre du Brusc.
Elle mesure 1,77 mètre et dépasse les 100 kilos. Installée aujourd’hui dans l’église Saint-Pierre du Brusc, cette Notre-Dame de Lourdes cache derrière son imposante silhouette un parcours de plusieurs milliers de kilomètres et près de soixante années d’histoire.
Avant Six-Fours, elle se dressait dans l’église de Saïda, en Algérie. C’est en 1962 que son destin bascule, dans le contexte de l’indépendance du pays et du départ massif vers la France des Européens qui y vivaient.
Sauvée avant la disparition de l’église
Alors que l’église de Saïda est condamnée à disparaître, le père Escolano cherche à préserver une partie des statues qu’elle abrite. Il demande aux paroissiens qui en ont la possibilité de les prendre en charge.
La famille Baylé accepte d’en sauver deux : Notre-Dame de Lourdes et Saint-Antoine de Padoue. Elles quittent alors l’Algérie avec leurs protecteurs, traversent la Méditerranée et sont acheminées jusqu’à Béziers.
Cette histoire refait publiquement surface en 1999. La Dépêche du Midi relate alors le parcours des deux œuvres. Louis Baylé, président national de l’Amicale des Saïdéens, y évoque leur départ d’Algérie pendant « l’exode » de 1962.
Saint-Antoine retrouve une église
Durant 37 ans, les deux statues demeurent conservées par la famille. En 1999, un événement survenu à Toulouse va changer le destin de l’une d’elles.
La statue de Saint-Antoine de Padoue de l’église Notre-Dame-du-Taur ayant été volée, la famille Baylé et l’Amicale des Saïdéens proposent celle rapportée de Saïda pour la remplacer. En octobre de la même année, Saint-Antoine retrouve ainsi une place dans une église, cette fois à Toulouse.
Notre-Dame de Lourdes reste, elle, auprès de la famille. En 2000, la revue Pieds-Noirs d’hier et d’aujourd’hui revient sur le parcours des deux statues et formule le souhait de voir également la Vierge de Saïda rejoindre un jour un lieu de culte.
Plus de vingt ans d’attente
Ce vœu ne se concrétisera que deux décennies plus tard. La destination choisie sera finalement le Brusc.
Dans son magazine de mars 2022, la Ville de Six-Fours présente l’arrivée de cette « statue centenaire », réplique de la Vierge Marie de la grotte de Lourdes. Elle précise qu’elle se trouve alors depuis quelques mois sur l’autel de l’église du Brusc.
Ce choix possède une forte dimension symbolique. Selon la municipalité, le don constitue « un geste de remerciement pour l’accueil des Saïdiens installés au Brusc depuis 1961 ».
Des retrouvailles près de soixante ans après
Une messe accompagne l’arrivée de la Vierge. Pour l’occasion, d’anciens fidèles de Saïda font le déplacement depuis différentes régions françaises. Certains retrouvent ainsi, au Brusc, une statue qu’ils avaient connue plusieurs décennies auparavant en Algérie.
Son installation fait écho à l’histoire plus générale des rapatriés d’Afrique du Nord à Six-Fours. Fondée en 1983, l’Amicale six-fournaise des rapatriés d’Afrique du Nord et de l’Ouest varois a compté jusqu’à environ 1 600 membres et sympathisants, figurant parmi les importantes associations pieds-noirs du département.
Un témoin passé d’une rive à l’autre
Partie de Saïda en 1962, conservée pendant des décennies par une famille puis installée au Brusc, Notre-Dame de Lourdes porte aujourd’hui les traces d’une histoire qui dépasse largement sa seule dimension religieuse.
L’édifice algérien dans lequel elle se trouvait autrefois n’existe plus. La statue, elle, a survécu. Près de soixante ans après son départ d’Algérie, elle a retrouvé une église dans un territoire où s’était établie une partie des Saïdéens.
D’une rive à l’autre de la Méditerranée, son parcours est devenu celui d’un objet de mémoire, transmis et préservé au fil des générations.









