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vendredi 28 novembre 2025

Une classe de 6ᵉ suspendue à l’histoire de sa ville

Cette semaine, les classes de 6ᵉ de la section patrimoine du collège Font de Fillol ont vécu une immersion singulière au cœur de l’histoire locale.
Pour orchestrer ce voyage dans le passé, les élèves ont reçu la visite d’André Mercheyer, figure engagée de la mémoire de Six-Fours-les-Plages, collectionneur de photographies anciennes et passeur d’anecdotes familiales et artisanales.

Un passé révélé par l’image

Pendant 1h45, l’attention ne s’est jamais fissurée. Enseignants comme collégiens décrivent un silence plein, presque palpable, où chaque photographie projetée semblait dérouler un chapitre oublié de la ville : la campagne six-fournaise avant l’urbanisation, les rues encore inexistantes, ou encore le port du Brusc peuplé exclusivement de bateaux en bois, dans un monde où le plastique n’avait pas encore irrigué le quotidien.

« Quand les enfants reconnaissent leur quartier sur une photo d’époque, tout se joue immédiatement », confie l’intervenant. La reconnaissance crée l’accroche. Les questions émergent ensuite d’elles-mêmes : comment vivait-on ici ? Comment travaillait-on ? Comment se déplaçait-on avant les routes, gourmandes en bitume, d’aujourd’hui ?

Voici le tout premier service de transport qui permettait aux usagers de rejoindre la ville que l’on nommait à l’époque « Six-Fours-La-Plage. »
Collection André Mercheyer

Les métiers, les gestes, les savoir-faire

Les élèves ont découvert l’ancienne usine des tuileries, où l’argile était extraite et charriée en brouettes par les ouvriers. Ils ont appris que la route menant à Sanary-sur-Mer n’existait pas encore et que les circulations empruntaient des chemins aujourd’hui disparus des cartes mentales contemporaines.

Autre révélation : le ramendage, ce travail minutieux de réparation des filets de pêche, principalement effectué par les épouses de marins-pêcheurs, entièrement à la main.

Puis sont venus les secrets de fabrication des premières boules de pétanque : un noyau en bois façonné au tour par les hommes, recouvert d’une coque métallique composée de clous disposés un à un par les femmes. Des objets de 7 cm de diamètre pouvant peser jusqu’à 780 grammes, déjà strictement réglementés dans leur format et leur masse.

La guerre comme point d’ancrage

Au milieu des images lumineuses et du récit porté par la nostalgie, une photographie s’est imposée comme un rappel nécessaire : celle des ruines laissées par la Seconde Guerre mondiale dans la commune. Un unique visuel, choisi avec soin, pour rappeler que l’histoire locale n’est pas qu’une somme de souvenirs heureux, mais aussi la trace des épreuves et des conflits qui ont façonné un territoire et une génération.

À travers cela, il a partagé ce que sa mère lui racontait : l’arrivée des troupes américaines, la découverte dans les foyers des premiers bas nylon, et le surgissement de ces symboles d’un autre monde tels que les chewing-gums offerts aux enfants émerveillés.

La mémoire comme rempart contre l’oubli

De la salle de classe aux résidences autonomie, les interventions se multiplient. Si l’attention des élèves est nourrie par la curiosité et la reconnaissance géographique, l’écoute des anciens change de registre : là, les visages projetés réveillent l’émotion, parfois jusqu’aux larmes.
Chaque rencontre devient alors un échange vivant, un fil enrichi de nouveaux récits qu’il s’apprête à retisser ailleurs.

À l’époque l’île du Gaou était un camping. Au fil du temps, 800 personnes s’étaient installées pour seulement 3 WC et 3 douches. En 1985, les CRS ont débarqué sur l’île pour chasser tout ce petit monde. « C’était un véritable jardin d’Eden, les caravanes se vendaient parfois sous le manteau. Quand les gens ont été expropriés, il y a eu un grand malheur » a expliqué André Mercheyer. Collection André Mercheyer.

« On ne doit pas laisser la mémoire disparaître », affirme-t-il, prenant pour exemple les salins de l’île des Embiez, exploités pendant presque un millénaire et pourtant plongés dans un oubli presque total quelques décennies seulement après l’arrêt de leur activité.

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Une classe de 6ᵉ suspendue à l’histoire de sa ville

Cette semaine, les classes de 6ᵉ de la section patrimoine du collège Font de Fillol ont vécu une immersion singulière au cœur de l’histoire locale.
Pour orchestrer ce voyage dans le passé, les élèves ont reçu la visite d’André Mercheyer, figure engagée de la mémoire de Six-Fours-les-Plages, collectionneur de photographies anciennes et passeur d’anecdotes familiales et artisanales.

Un passé révélé par l’image

Pendant 1h45, l’attention ne s’est jamais fissurée. Enseignants comme collégiens décrivent un silence plein, presque palpable, où chaque photographie projetée semblait dérouler un chapitre oublié de la ville : la campagne six-fournaise avant l’urbanisation, les rues encore inexistantes, ou encore le port du Brusc peuplé exclusivement de bateaux en bois, dans un monde où le plastique n’avait pas encore irrigué le quotidien.

« Quand les enfants reconnaissent leur quartier sur une photo d’époque, tout se joue immédiatement », confie l’intervenant. La reconnaissance crée l’accroche. Les questions émergent ensuite d’elles-mêmes : comment vivait-on ici ? Comment travaillait-on ? Comment se déplaçait-on avant les routes, gourmandes en bitume, d’aujourd’hui ?

Voici le tout premier service de transport qui permettait aux usagers de rejoindre la ville que l’on nommait à l’époque « Six-Fours-La-Plage. »
Collection André Mercheyer

Les métiers, les gestes, les savoir-faire

Les élèves ont découvert l’ancienne usine des tuileries, où l’argile était extraite et charriée en brouettes par les ouvriers. Ils ont appris que la route menant à Sanary-sur-Mer n’existait pas encore et que les circulations empruntaient des chemins aujourd’hui disparus des cartes mentales contemporaines.

Autre révélation : le ramendage, ce travail minutieux de réparation des filets de pêche, principalement effectué par les épouses de marins-pêcheurs, entièrement à la main.

Puis sont venus les secrets de fabrication des premières boules de pétanque : un noyau en bois façonné au tour par les hommes, recouvert d’une coque métallique composée de clous disposés un à un par les femmes. Des objets de 7 cm de diamètre pouvant peser jusqu’à 780 grammes, déjà strictement réglementés dans leur format et leur masse.

La guerre comme point d’ancrage

Au milieu des images lumineuses et du récit porté par la nostalgie, une photographie s’est imposée comme un rappel nécessaire : celle des ruines laissées par la Seconde Guerre mondiale dans la commune. Un unique visuel, choisi avec soin, pour rappeler que l’histoire locale n’est pas qu’une somme de souvenirs heureux, mais aussi la trace des épreuves et des conflits qui ont façonné un territoire et une génération.

À travers cela, il a partagé ce que sa mère lui racontait : l’arrivée des troupes américaines, la découverte dans les foyers des premiers bas nylon, et le surgissement de ces symboles d’un autre monde tels que les chewing-gums offerts aux enfants émerveillés.

La mémoire comme rempart contre l’oubli

De la salle de classe aux résidences autonomie, les interventions se multiplient. Si l’attention des élèves est nourrie par la curiosité et la reconnaissance géographique, l’écoute des anciens change de registre : là, les visages projetés réveillent l’émotion, parfois jusqu’aux larmes.
Chaque rencontre devient alors un échange vivant, un fil enrichi de nouveaux récits qu’il s’apprête à retisser ailleurs.

À l’époque l’île du Gaou était un camping. Au fil du temps, 800 personnes s’étaient installées pour seulement 3 WC et 3 douches. En 1985, les CRS ont débarqué sur l’île pour chasser tout ce petit monde. « C’était un véritable jardin d’Eden, les caravanes se vendaient parfois sous le manteau. Quand les gens ont été expropriés, il y a eu un grand malheur » a expliqué André Mercheyer. Collection André Mercheyer.

« On ne doit pas laisser la mémoire disparaître », affirme-t-il, prenant pour exemple les salins de l’île des Embiez, exploités pendant presque un millénaire et pourtant plongés dans un oubli presque total quelques décennies seulement après l’arrêt de leur activité.

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Un passé révélé par l’image

Pendant 1h45, l’attention ne s’est jamais fissurée. Enseignants comme collégiens décrivent un silence plein, presque palpable, où chaque photographie projetée semblait dérouler un chapitre oublié de la ville : la campagne six-fournaise avant l’urbanisation, les rues encore inexistantes, ou encore le port du Brusc peuplé exclusivement de bateaux en bois, dans un monde où le plastique n’avait pas encore irrigué le quotidien.

« Quand les enfants reconnaissent leur quartier sur une photo d’époque, tout se joue immédiatement », confie l’intervenant. La reconnaissance crée l’accroche. Les questions émergent ensuite d’elles-mêmes : comment vivait-on ici ? Comment travaillait-on ? Comment se déplaçait-on avant les routes, gourmandes en bitume, d’aujourd’hui ?

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Collection André Mercheyer

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Les élèves ont découvert l’ancienne usine des tuileries, où l’argile était extraite et charriée en brouettes par les ouvriers. Ils ont appris que la route menant à Sanary-sur-Mer n’existait pas encore et que les circulations empruntaient des chemins aujourd’hui disparus des cartes mentales contemporaines.

Autre révélation : le ramendage, ce travail minutieux de réparation des filets de pêche, principalement effectué par les épouses de marins-pêcheurs, entièrement à la main.

Puis sont venus les secrets de fabrication des premières boules de pétanque : un noyau en bois façonné au tour par les hommes, recouvert d’une coque métallique composée de clous disposés un à un par les femmes. Des objets de 7 cm de diamètre pouvant peser jusqu’à 780 grammes, déjà strictement réglementés dans leur format et leur masse.

La guerre comme point d’ancrage

Au milieu des images lumineuses et du récit porté par la nostalgie, une photographie s’est imposée comme un rappel nécessaire : celle des ruines laissées par la Seconde Guerre mondiale dans la commune. Un unique visuel, choisi avec soin, pour rappeler que l’histoire locale n’est pas qu’une somme de souvenirs heureux, mais aussi la trace des épreuves et des conflits qui ont façonné un territoire et une génération.

À travers cela, il a partagé ce que sa mère lui racontait : l’arrivée des troupes américaines, la découverte dans les foyers des premiers bas nylon, et le surgissement de ces symboles d’un autre monde tels que les chewing-gums offerts aux enfants émerveillés.

La mémoire comme rempart contre l’oubli

De la salle de classe aux résidences autonomie, les interventions se multiplient. Si l’attention des élèves est nourrie par la curiosité et la reconnaissance géographique, l’écoute des anciens change de registre : là, les visages projetés réveillent l’émotion, parfois jusqu’aux larmes.
Chaque rencontre devient alors un échange vivant, un fil enrichi de nouveaux récits qu’il s’apprête à retisser ailleurs.

À l’époque l’île du Gaou était un camping. Au fil du temps, 800 personnes s’étaient installées pour seulement 3 WC et 3 douches. En 1985, les CRS ont débarqué sur l’île pour chasser tout ce petit monde. « C’était un véritable jardin d’Eden, les caravanes se vendaient parfois sous le manteau. Quand les gens ont été expropriés, il y a eu un grand malheur » a expliqué André Mercheyer. Collection André Mercheyer.

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