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vendredi 17 juillet 2026
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Une dernière visite avant l’effacement

Promise à la démolition, cette demeure du début du XXe siècle a exceptionnellement accueilli les anciens habitants du quartier. Pour Simone Solarik, née Armand, cette visite a marqué un retour bouleversant dans la maison où elle vit le jour, en 1935.

Dans quelques jours, il ne restera plus rien de la Maison Armand. Les murs tomberont, les pièces disparaîtront et la propriété de Curet Bas laissera place à un futur programme de logements sociaux. Mais avant que les engins n’effacent définitivement cette demeure du début du XXe siècle, Var Habitat a accepté d’en ouvrir une dernière fois les portes.

L’occasion devait permettre aux habitants de récupérer quelques éléments de la bâtisse : des tuiles, des faîtières, une cheminée ou d’autres matériaux anciens. Pourtant, ce jour-là, les véritables vestiges ne se trouvaient pas seulement sur les toits ou dans les murs. Ils étaient dans la mémoire de celles et ceux qui avaient connu la maison lorsqu’elle était encore au cœur de la vie du quartier.

Parmi eux, Simone Solarik, née Armand, est revenue sur les lieux pour la première fois depuis la vente de la propriété, en 1958. Soixante-huit années s’étaient écoulées depuis son dernier passage.

Une naissance entre ces murs

Simone Solarik entretient avec la Maison Armand un lien singulier. C’est ici qu’elle est née, en 1935. Surprise par les premières contractions, sa mère avait trouvé refuge chez son propre père et avait accouché dans la demeure familiale.

En franchissant le seuil, les souvenirs se sont immédiatement imposés.

« J’ai des images plein la tête… Tout me revient. »

La première est celle de Cacaoutchou, un petit chien blanc qui passait ses journées devant la maison.

« Difficile de faire plus provençal comme nom ! Il était toujours content. Il est mort pendant les bombardements. Le bruit lui a fait une telle peur que son cœur s’est arrêté. »

Derrière cette anecdote familiale ressurgit également le souvenir d’une époque marquée par la guerre, jusque dans le quotidien le plus intime des habitants.

Quand Curet Bas vivait au rythme de la terre

Le quartier que Simone a connu ne ressemblait guère à celui d’aujourd’hui. Autour de la maison, les terrains étaient cultivés et les familles vivaient en partie grâce à ce qu’elles produisaient. La tuilerie voisine occupait également une place importante dans la vie locale et faisait travailler plusieurs habitants.

Le grand-père de Simone cultivait notamment la vigne et les pois chiches. Il élevait des lapins et des poules, comme beaucoup de familles du quartier. Les jardins n’étaient pas seulement des espaces d’agrément : ils contribuaient directement à nourrir les foyers.

Devant la propriété se trouvait aussi une étendue d’eau, devenue un véritable terrain de jeu pour les enfants.

« Mon oncle me portait sur ses épaules. J’étais haute comme trois pommes… Il m’a fait tomber dans l’eau ! On m’a retiré mes vêtements pour les faire sécher au soleil. Je suis restée nue comme un petit ver dans un lit en attendant. Ça m’a marquée. »

En parcourant les pièces, Simone s’étonne toutefois de leurs dimensions.

« Tout est plus petit que dans mon souvenir… Mais j’étais si menue. C’est l’esprit qui joue des tours. »

Les espaces n’ont sans doute pas changé. C’est le regard de l’enfant qui leur avait donné une autre mesure.

Une cheminée et quelques secrets de famille

Certaines pièces sont déjà condamnées. Pour apercevoir une ancienne cheminée, Simone doit se hisser sur la pointe des pieds. À sa vue, son visage s’éclaire et une nouvelle anecdote refait surface.

« Je ne vous dirai pas que mon grand-père y faisait griller des oiseaux… C’était du braconnage ! Donc il ne l’a évidemment jamais fait ! »

L’humour accompagne les souvenirs, comme pour alléger l’émotion de cette dernière visite. Très vite, les récits se croisent entre anciens voisins. Chacun complète la mémoire de l’autre, retrouve un nom, une habitude ou un détail oublié.

Pendant quelques heures, la maison redevient un lieu habité. On évoque les animaux élevés dans le jardin, les ouvriers de la tuilerie et les cadeaux que l’on offrait autrefois avec les moyens disponibles.

Simone se rappelle ainsi les volailles reçues pour son mariage.

« Mon grand-père avait des lapins et des poules. Pour mon mariage, il m’avait offert quatre ou cinq volailles dans un cageot. Plus tard, j’ai même hérité de ses outils de la tuilerie. »

Ces outils, comme les murs de la Maison Armand, racontent un quartier encore rural, façonné par le travail manuel, les cultures et une économie familiale aujourd’hui disparue.

Le dernier au revoir

Au moment de quitter la propriété, les pas se font plus lents. Simone observe une dernière fois les pièces silencieuses, les ouvertures condamnées et les murs qui ont traversé une grande partie du XXe siècle.

« Mon père aurait été si heureux de faire cette visite avec nous… Qu’on nous ouvre les portes une dernière fois. »

La Maison Armand sera bientôt démolie. Sa disparition accompagnera une nouvelle transformation de Curet Bas, après bien d’autres au fil des décennies.

Mais cette ultime ouverture aura permis de conserver autre chose que quelques tuiles ou fragments de cheminée. Elle aura fait ressurgir la mémoire d’un quartier rural, de ses familles, de ses ouvriers et de ses enfants. Pendant quelques heures, avant que les murs ne disparaissent, la maison aura retrouvé ceux qui l’avaient autrefois fait vivre.

La déconstruction avant la démolition. 

Pendant près d’un siècle, l’ancienne usine des tuileries a façonné le paysage de Curet Bas, mais aussi la vie de centaines de familles. Grâce au port de la Coudoulière, une grande partie de la production était exportée vers l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, les Antilles et l’Amérique du Sud.

À la demande de l’association Les Amis du Patrimoine, le promoteur Var Habitat a accepté de préserver plusieurs éléments de la Maison Armand avant sa démolition : tuiles, faitières, cheminées et autres pièces de toiture ont ainsi été soigneusement déposées. Une partie de ces matériaux rejoindra les collections des Archives municipales afin d’en conserver la mémoire.

D’autres retrouveront une nouvelle utilité patrimoniale : certaines faitières serviront notamment à remplacer des éléments endommagés sur la Maison du Cygne, ces pièces n’étant plus fabriquées de nos jours. Enfin, les anciens enfants de Curet Bas, dont les parents ou grands-parents ont travaillé à l’usine des tuileries et façonné ces mêmes matériaux, ont eux aussi été autorisés à repartir avec une tuile en souvenir. Un geste symbolique, qui permet à chacun de conserver un fragment de l’histoire de son quartier.

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Une dernière visite avant l’effacement

Promise à la démolition, cette demeure du début du XXe siècle a exceptionnellement accueilli les anciens habitants du quartier. Pour Simone Solarik, née Armand, cette visite a marqué un retour bouleversant dans la maison où elle vit le jour, en 1935.

Dans quelques jours, il ne restera plus rien de la Maison Armand. Les murs tomberont, les pièces disparaîtront et la propriété de Curet Bas laissera place à un futur programme de logements sociaux. Mais avant que les engins n’effacent définitivement cette demeure du début du XXe siècle, Var Habitat a accepté d’en ouvrir une dernière fois les portes.

L’occasion devait permettre aux habitants de récupérer quelques éléments de la bâtisse : des tuiles, des faîtières, une cheminée ou d’autres matériaux anciens. Pourtant, ce jour-là, les véritables vestiges ne se trouvaient pas seulement sur les toits ou dans les murs. Ils étaient dans la mémoire de celles et ceux qui avaient connu la maison lorsqu’elle était encore au cœur de la vie du quartier.

Parmi eux, Simone Solarik, née Armand, est revenue sur les lieux pour la première fois depuis la vente de la propriété, en 1958. Soixante-huit années s’étaient écoulées depuis son dernier passage.

Une naissance entre ces murs

Simone Solarik entretient avec la Maison Armand un lien singulier. C’est ici qu’elle est née, en 1935. Surprise par les premières contractions, sa mère avait trouvé refuge chez son propre père et avait accouché dans la demeure familiale.

En franchissant le seuil, les souvenirs se sont immédiatement imposés.

« J’ai des images plein la tête… Tout me revient. »

La première est celle de Cacaoutchou, un petit chien blanc qui passait ses journées devant la maison.

« Difficile de faire plus provençal comme nom ! Il était toujours content. Il est mort pendant les bombardements. Le bruit lui a fait une telle peur que son cœur s’est arrêté. »

Derrière cette anecdote familiale ressurgit également le souvenir d’une époque marquée par la guerre, jusque dans le quotidien le plus intime des habitants.

Quand Curet Bas vivait au rythme de la terre

Le quartier que Simone a connu ne ressemblait guère à celui d’aujourd’hui. Autour de la maison, les terrains étaient cultivés et les familles vivaient en partie grâce à ce qu’elles produisaient. La tuilerie voisine occupait également une place importante dans la vie locale et faisait travailler plusieurs habitants.

Le grand-père de Simone cultivait notamment la vigne et les pois chiches. Il élevait des lapins et des poules, comme beaucoup de familles du quartier. Les jardins n’étaient pas seulement des espaces d’agrément : ils contribuaient directement à nourrir les foyers.

Devant la propriété se trouvait aussi une étendue d’eau, devenue un véritable terrain de jeu pour les enfants.

« Mon oncle me portait sur ses épaules. J’étais haute comme trois pommes… Il m’a fait tomber dans l’eau ! On m’a retiré mes vêtements pour les faire sécher au soleil. Je suis restée nue comme un petit ver dans un lit en attendant. Ça m’a marquée. »

En parcourant les pièces, Simone s’étonne toutefois de leurs dimensions.

« Tout est plus petit que dans mon souvenir… Mais j’étais si menue. C’est l’esprit qui joue des tours. »

Les espaces n’ont sans doute pas changé. C’est le regard de l’enfant qui leur avait donné une autre mesure.

Une cheminée et quelques secrets de famille

Certaines pièces sont déjà condamnées. Pour apercevoir une ancienne cheminée, Simone doit se hisser sur la pointe des pieds. À sa vue, son visage s’éclaire et une nouvelle anecdote refait surface.

« Je ne vous dirai pas que mon grand-père y faisait griller des oiseaux… C’était du braconnage ! Donc il ne l’a évidemment jamais fait ! »

L’humour accompagne les souvenirs, comme pour alléger l’émotion de cette dernière visite. Très vite, les récits se croisent entre anciens voisins. Chacun complète la mémoire de l’autre, retrouve un nom, une habitude ou un détail oublié.

Pendant quelques heures, la maison redevient un lieu habité. On évoque les animaux élevés dans le jardin, les ouvriers de la tuilerie et les cadeaux que l’on offrait autrefois avec les moyens disponibles.

Simone se rappelle ainsi les volailles reçues pour son mariage.

« Mon grand-père avait des lapins et des poules. Pour mon mariage, il m’avait offert quatre ou cinq volailles dans un cageot. Plus tard, j’ai même hérité de ses outils de la tuilerie. »

Ces outils, comme les murs de la Maison Armand, racontent un quartier encore rural, façonné par le travail manuel, les cultures et une économie familiale aujourd’hui disparue.

Le dernier au revoir

Au moment de quitter la propriété, les pas se font plus lents. Simone observe une dernière fois les pièces silencieuses, les ouvertures condamnées et les murs qui ont traversé une grande partie du XXe siècle.

« Mon père aurait été si heureux de faire cette visite avec nous… Qu’on nous ouvre les portes une dernière fois. »

La Maison Armand sera bientôt démolie. Sa disparition accompagnera une nouvelle transformation de Curet Bas, après bien d’autres au fil des décennies.

Mais cette ultime ouverture aura permis de conserver autre chose que quelques tuiles ou fragments de cheminée. Elle aura fait ressurgir la mémoire d’un quartier rural, de ses familles, de ses ouvriers et de ses enfants. Pendant quelques heures, avant que les murs ne disparaissent, la maison aura retrouvé ceux qui l’avaient autrefois fait vivre.

La déconstruction avant la démolition. 

Pendant près d’un siècle, l’ancienne usine des tuileries a façonné le paysage de Curet Bas, mais aussi la vie de centaines de familles. Grâce au port de la Coudoulière, une grande partie de la production était exportée vers l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, les Antilles et l’Amérique du Sud.

À la demande de l’association Les Amis du Patrimoine, le promoteur Var Habitat a accepté de préserver plusieurs éléments de la Maison Armand avant sa démolition : tuiles, faitières, cheminées et autres pièces de toiture ont ainsi été soigneusement déposées. Une partie de ces matériaux rejoindra les collections des Archives municipales afin d’en conserver la mémoire.

D’autres retrouveront une nouvelle utilité patrimoniale : certaines faitières serviront notamment à remplacer des éléments endommagés sur la Maison du Cygne, ces pièces n’étant plus fabriquées de nos jours. Enfin, les anciens enfants de Curet Bas, dont les parents ou grands-parents ont travaillé à l’usine des tuileries et façonné ces mêmes matériaux, ont eux aussi été autorisés à repartir avec une tuile en souvenir. Un geste symbolique, qui permet à chacun de conserver un fragment de l’histoire de son quartier.

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Une dernière visite avant l’effacement

Promise à la démolition, cette demeure du début du XXe siècle a exceptionnellement accueilli les anciens habitants du quartier. Pour Simone Solarik, née Armand, cette visite a marqué un retour bouleversant dans la maison où elle vit le jour, en 1935.

Dans quelques jours, il ne restera plus rien de la Maison Armand. Les murs tomberont, les pièces disparaîtront et la propriété de Curet Bas laissera place à un futur programme de logements sociaux. Mais avant que les engins n’effacent définitivement cette demeure du début du XXe siècle, Var Habitat a accepté d’en ouvrir une dernière fois les portes.

L’occasion devait permettre aux habitants de récupérer quelques éléments de la bâtisse : des tuiles, des faîtières, une cheminée ou d’autres matériaux anciens. Pourtant, ce jour-là, les véritables vestiges ne se trouvaient pas seulement sur les toits ou dans les murs. Ils étaient dans la mémoire de celles et ceux qui avaient connu la maison lorsqu’elle était encore au cœur de la vie du quartier.

Parmi eux, Simone Solarik, née Armand, est revenue sur les lieux pour la première fois depuis la vente de la propriété, en 1958. Soixante-huit années s’étaient écoulées depuis son dernier passage.

Une naissance entre ces murs

Simone Solarik entretient avec la Maison Armand un lien singulier. C’est ici qu’elle est née, en 1935. Surprise par les premières contractions, sa mère avait trouvé refuge chez son propre père et avait accouché dans la demeure familiale.

En franchissant le seuil, les souvenirs se sont immédiatement imposés.

« J’ai des images plein la tête… Tout me revient. »

La première est celle de Cacaoutchou, un petit chien blanc qui passait ses journées devant la maison.

« Difficile de faire plus provençal comme nom ! Il était toujours content. Il est mort pendant les bombardements. Le bruit lui a fait une telle peur que son cœur s’est arrêté. »

Derrière cette anecdote familiale ressurgit également le souvenir d’une époque marquée par la guerre, jusque dans le quotidien le plus intime des habitants.

Quand Curet Bas vivait au rythme de la terre

Le quartier que Simone a connu ne ressemblait guère à celui d’aujourd’hui. Autour de la maison, les terrains étaient cultivés et les familles vivaient en partie grâce à ce qu’elles produisaient. La tuilerie voisine occupait également une place importante dans la vie locale et faisait travailler plusieurs habitants.

Le grand-père de Simone cultivait notamment la vigne et les pois chiches. Il élevait des lapins et des poules, comme beaucoup de familles du quartier. Les jardins n’étaient pas seulement des espaces d’agrément : ils contribuaient directement à nourrir les foyers.

Devant la propriété se trouvait aussi une étendue d’eau, devenue un véritable terrain de jeu pour les enfants.

« Mon oncle me portait sur ses épaules. J’étais haute comme trois pommes… Il m’a fait tomber dans l’eau ! On m’a retiré mes vêtements pour les faire sécher au soleil. Je suis restée nue comme un petit ver dans un lit en attendant. Ça m’a marquée. »

En parcourant les pièces, Simone s’étonne toutefois de leurs dimensions.

« Tout est plus petit que dans mon souvenir… Mais j’étais si menue. C’est l’esprit qui joue des tours. »

Les espaces n’ont sans doute pas changé. C’est le regard de l’enfant qui leur avait donné une autre mesure.

Une cheminée et quelques secrets de famille

Certaines pièces sont déjà condamnées. Pour apercevoir une ancienne cheminée, Simone doit se hisser sur la pointe des pieds. À sa vue, son visage s’éclaire et une nouvelle anecdote refait surface.

« Je ne vous dirai pas que mon grand-père y faisait griller des oiseaux… C’était du braconnage ! Donc il ne l’a évidemment jamais fait ! »

L’humour accompagne les souvenirs, comme pour alléger l’émotion de cette dernière visite. Très vite, les récits se croisent entre anciens voisins. Chacun complète la mémoire de l’autre, retrouve un nom, une habitude ou un détail oublié.

Pendant quelques heures, la maison redevient un lieu habité. On évoque les animaux élevés dans le jardin, les ouvriers de la tuilerie et les cadeaux que l’on offrait autrefois avec les moyens disponibles.

Simone se rappelle ainsi les volailles reçues pour son mariage.

« Mon grand-père avait des lapins et des poules. Pour mon mariage, il m’avait offert quatre ou cinq volailles dans un cageot. Plus tard, j’ai même hérité de ses outils de la tuilerie. »

Ces outils, comme les murs de la Maison Armand, racontent un quartier encore rural, façonné par le travail manuel, les cultures et une économie familiale aujourd’hui disparue.

Le dernier au revoir

Au moment de quitter la propriété, les pas se font plus lents. Simone observe une dernière fois les pièces silencieuses, les ouvertures condamnées et les murs qui ont traversé une grande partie du XXe siècle.

« Mon père aurait été si heureux de faire cette visite avec nous… Qu’on nous ouvre les portes une dernière fois. »

La Maison Armand sera bientôt démolie. Sa disparition accompagnera une nouvelle transformation de Curet Bas, après bien d’autres au fil des décennies.

Mais cette ultime ouverture aura permis de conserver autre chose que quelques tuiles ou fragments de cheminée. Elle aura fait ressurgir la mémoire d’un quartier rural, de ses familles, de ses ouvriers et de ses enfants. Pendant quelques heures, avant que les murs ne disparaissent, la maison aura retrouvé ceux qui l’avaient autrefois fait vivre.

La déconstruction avant la démolition. 

Pendant près d’un siècle, l’ancienne usine des tuileries a façonné le paysage de Curet Bas, mais aussi la vie de centaines de familles. Grâce au port de la Coudoulière, une grande partie de la production était exportée vers l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, les Antilles et l’Amérique du Sud.

À la demande de l’association Les Amis du Patrimoine, le promoteur Var Habitat a accepté de préserver plusieurs éléments de la Maison Armand avant sa démolition : tuiles, faitières, cheminées et autres pièces de toiture ont ainsi été soigneusement déposées. Une partie de ces matériaux rejoindra les collections des Archives municipales afin d’en conserver la mémoire.

D’autres retrouveront une nouvelle utilité patrimoniale : certaines faitières serviront notamment à remplacer des éléments endommagés sur la Maison du Cygne, ces pièces n’étant plus fabriquées de nos jours. Enfin, les anciens enfants de Curet Bas, dont les parents ou grands-parents ont travaillé à l’usine des tuileries et façonné ces mêmes matériaux, ont eux aussi été autorisés à repartir avec une tuile en souvenir. Un geste symbolique, qui permet à chacun de conserver un fragment de l’histoire de son quartier.

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Promise à la démolition, cette demeure du début du XXe siècle a exceptionnellement accueilli les anciens habitants du quartier. Pour Simone Solarik, née Armand, cette visite a marqué un retour bouleversant dans la maison où elle vit le jour, en 1935.

Dans quelques jours, il ne restera plus rien de la Maison Armand. Les murs tomberont, les pièces disparaîtront et la propriété de Curet Bas laissera place à un futur programme de logements sociaux. Mais avant que les engins n’effacent définitivement cette demeure du début du XXe siècle, Var Habitat a accepté d’en ouvrir une dernière fois les portes.

L’occasion devait permettre aux habitants de récupérer quelques éléments de la bâtisse : des tuiles, des faîtières, une cheminée ou d’autres matériaux anciens. Pourtant, ce jour-là, les véritables vestiges ne se trouvaient pas seulement sur les toits ou dans les murs. Ils étaient dans la mémoire de celles et ceux qui avaient connu la maison lorsqu’elle était encore au cœur de la vie du quartier.

Parmi eux, Simone Solarik, née Armand, est revenue sur les lieux pour la première fois depuis la vente de la propriété, en 1958. Soixante-huit années s’étaient écoulées depuis son dernier passage.

Une naissance entre ces murs

Simone Solarik entretient avec la Maison Armand un lien singulier. C’est ici qu’elle est née, en 1935. Surprise par les premières contractions, sa mère avait trouvé refuge chez son propre père et avait accouché dans la demeure familiale.

En franchissant le seuil, les souvenirs se sont immédiatement imposés.

« J’ai des images plein la tête… Tout me revient. »

La première est celle de Cacaoutchou, un petit chien blanc qui passait ses journées devant la maison.

« Difficile de faire plus provençal comme nom ! Il était toujours content. Il est mort pendant les bombardements. Le bruit lui a fait une telle peur que son cœur s’est arrêté. »

Derrière cette anecdote familiale ressurgit également le souvenir d’une époque marquée par la guerre, jusque dans le quotidien le plus intime des habitants.

Quand Curet Bas vivait au rythme de la terre

Le quartier que Simone a connu ne ressemblait guère à celui d’aujourd’hui. Autour de la maison, les terrains étaient cultivés et les familles vivaient en partie grâce à ce qu’elles produisaient. La tuilerie voisine occupait également une place importante dans la vie locale et faisait travailler plusieurs habitants.

Le grand-père de Simone cultivait notamment la vigne et les pois chiches. Il élevait des lapins et des poules, comme beaucoup de familles du quartier. Les jardins n’étaient pas seulement des espaces d’agrément : ils contribuaient directement à nourrir les foyers.

Devant la propriété se trouvait aussi une étendue d’eau, devenue un véritable terrain de jeu pour les enfants.

« Mon oncle me portait sur ses épaules. J’étais haute comme trois pommes… Il m’a fait tomber dans l’eau ! On m’a retiré mes vêtements pour les faire sécher au soleil. Je suis restée nue comme un petit ver dans un lit en attendant. Ça m’a marquée. »

En parcourant les pièces, Simone s’étonne toutefois de leurs dimensions.

« Tout est plus petit que dans mon souvenir… Mais j’étais si menue. C’est l’esprit qui joue des tours. »

Les espaces n’ont sans doute pas changé. C’est le regard de l’enfant qui leur avait donné une autre mesure.

Une cheminée et quelques secrets de famille

Certaines pièces sont déjà condamnées. Pour apercevoir une ancienne cheminée, Simone doit se hisser sur la pointe des pieds. À sa vue, son visage s’éclaire et une nouvelle anecdote refait surface.

« Je ne vous dirai pas que mon grand-père y faisait griller des oiseaux… C’était du braconnage ! Donc il ne l’a évidemment jamais fait ! »

L’humour accompagne les souvenirs, comme pour alléger l’émotion de cette dernière visite. Très vite, les récits se croisent entre anciens voisins. Chacun complète la mémoire de l’autre, retrouve un nom, une habitude ou un détail oublié.

Pendant quelques heures, la maison redevient un lieu habité. On évoque les animaux élevés dans le jardin, les ouvriers de la tuilerie et les cadeaux que l’on offrait autrefois avec les moyens disponibles.

Simone se rappelle ainsi les volailles reçues pour son mariage.

« Mon grand-père avait des lapins et des poules. Pour mon mariage, il m’avait offert quatre ou cinq volailles dans un cageot. Plus tard, j’ai même hérité de ses outils de la tuilerie. »

Ces outils, comme les murs de la Maison Armand, racontent un quartier encore rural, façonné par le travail manuel, les cultures et une économie familiale aujourd’hui disparue.

Le dernier au revoir

Au moment de quitter la propriété, les pas se font plus lents. Simone observe une dernière fois les pièces silencieuses, les ouvertures condamnées et les murs qui ont traversé une grande partie du XXe siècle.

« Mon père aurait été si heureux de faire cette visite avec nous… Qu’on nous ouvre les portes une dernière fois. »

La Maison Armand sera bientôt démolie. Sa disparition accompagnera une nouvelle transformation de Curet Bas, après bien d’autres au fil des décennies.

Mais cette ultime ouverture aura permis de conserver autre chose que quelques tuiles ou fragments de cheminée. Elle aura fait ressurgir la mémoire d’un quartier rural, de ses familles, de ses ouvriers et de ses enfants. Pendant quelques heures, avant que les murs ne disparaissent, la maison aura retrouvé ceux qui l’avaient autrefois fait vivre.

La déconstruction avant la démolition. 

Pendant près d’un siècle, l’ancienne usine des tuileries a façonné le paysage de Curet Bas, mais aussi la vie de centaines de familles. Grâce au port de la Coudoulière, une grande partie de la production était exportée vers l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, les Antilles et l’Amérique du Sud.

À la demande de l’association Les Amis du Patrimoine, le promoteur Var Habitat a accepté de préserver plusieurs éléments de la Maison Armand avant sa démolition : tuiles, faitières, cheminées et autres pièces de toiture ont ainsi été soigneusement déposées. Une partie de ces matériaux rejoindra les collections des Archives municipales afin d’en conserver la mémoire.

D’autres retrouveront une nouvelle utilité patrimoniale : certaines faitières serviront notamment à remplacer des éléments endommagés sur la Maison du Cygne, ces pièces n’étant plus fabriquées de nos jours. Enfin, les anciens enfants de Curet Bas, dont les parents ou grands-parents ont travaillé à l’usine des tuileries et façonné ces mêmes matériaux, ont eux aussi été autorisés à repartir avec une tuile en souvenir. Un geste symbolique, qui permet à chacun de conserver un fragment de l’histoire de son quartier.

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